page suivante »
100 SULLY-PRUDHOMME
J'irai sans lui, d'un seul coup d'aile,
Droit au cœur de la vérité.
Mais le Chercheur reprend aussitôt •
Sous l'anathème immérité,
J'y rampe, explorateur fidèle.
Mais h Justice se termine par une seconde partie intitulée
Retour au cœur. La cité humaine, fruit de tant de souffran-
ces, arrosée de tant de larmes et de sang, se relève par
l'amour du vrai, du beau, surtout par le patriotisme. C'est
le sentiment, chose noble, mais chose fugitive et fragile,
qui lui donne sa consistance plus que le droit, dont le
scepticisme du poète se refuse à admettre le fondement
divin.
Quand dénient dans la grand'rue
Clairons levés, chevaux piaffants,
Aux cris de la foule accourue,
Les vieux escadrons triomphants.
Ou quand passent les funérailles
D'un illustre et pur magistrat,
Un frisson court jusqu'aux entrailles.
Du plus lâche et du plus ingrat.
Les âmes sont dans l'air. Il semble
Que de longs fils Eoliens,
Rattachant tous les citoyens,
Tressaillent ébranlés ensemble ;
Et le douteur indifférent,
Le railleur même aux froids sarcasmes,
Suivent, poussés par le torrent
Des civiques enthousiasmes (13).
Retour au cœur ! C'est bien d'ailleurs le mot de toute
poésie. La réponse aux doutes, l'élan vers l'infini, vers
(13) La Justice, Xe veille, p. 257.