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^00 DE ROANNE A LA PRTJGNE
Mais le soir, les feux s'allumaient, une foire commen-
çait ses cris, ses jurons"; la danse guettait le premier
vion-vion ou la cornemuse au sac 'enflé; saint Jean pleurait
alors sa joyeuseté du matin. Placez le diable en une au-
berge, invisible derrière les ménétriers, il ricane et grince
des dents ; c'estlui qui, dans la peau de chèvre de la mu-
sette bourbonnaise, comme dans le biniou breton, souffle
à s'époumonner ; c'est lui qui, dans le verre du bu-
veur, par la main d'une accorté servante, jette Veau de
feu, l'aiguë ardente, c'est lui qui rend les cerveaux
lourds/les yeux troublés ; tout ce que le bon saint Jean
a fait, Lui le détruit...Vous entendez donc par les portes
ouvertes, les miaulements des instruments et les blas-
phèmes...
Devant ces portes, un homme est pourtant agenouillé,
tête nue, en longs cheveux blancs, sur la pierre froide et
dans la poussière, au soleil ou à la tempête, il est tou-
jours là ! Le visage blême, l'œil larmoyant, il étreint
ses mains sur un crucifix et prie avec ferveur : dix heures
durent les danses, dix heures le vieillard fait durer sa
prière, à genoux, sans repos, sans nourriture. Les
groupes vont et viennent, entrent et sortent, la rougeur
au front, mais toujours la damnée musette ronfle et les
verres se vident.
Voilà qui est Gaulois ! Voilà le Druide ! Il n'y a pas
vingt ans que ce spectacle des anciens jours était donné
par l'ancien pasteur...
Il fut vaincu ! les villageois n'eurent point de vergogne.
Ah ! sans doute, ce n'était pas ceux de la Prugne, ses
ouailles ; mais les étrangers venus pour s'amuser ; ce
jour-là était aussi la foire des servantes. On y chantait
la célèbre complainte de la Saint-Jean ; c'est une élégie
patoise, pleine d'émotion et de simplicité, dont l'air mé-