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110 JOURNAL DES NOUVELLES D Ç PARIS
J
Cette horreur ne vous paraîtra-t-elle pas une fable? rien
cependant n'est plus vrai et le. Parlement sera fort embar-
rassé, à ce que me dit le même conseiller, pour prononcer
la peine de ces malheureux, car, si d'un côté l'impunité
est dangereuse, la rigueur n'est pas moins à craindre et
les prosélytes naissent toujours des tourments et des
persécutions. Vous savez sans doute que le Parlement a
condamné une lettre des avocats écrite à M. de Saint-Pa-
poul : le conseil vient de supprimer son mandement par un
arrêt: les Jansénistes disent que l'action de M, de Saint-
Papoul est un coup du ciel et les jésuites disent que c'est
un coup de soleil.
Un coup de lune vient de faire faire une sottise nouvelle
à un de nos compatriotes qui n'est pas né pour hono-
rer notre patrie. Vous jugerez bien que c'est M. Borde,
ancien lieutenant de la Porte, dont je veux parler. C'était
à la clôture du théâtre de l'Opéra Comique, et étant arrivé
tard au parquet, il fendit la foule avec des airs de hauteur
et s'alla mettre au premier rang, à côté de l'orchestre:
comme tous ceux qui étaient derrière lui étaient assis et
qu'il n'avait pas de chaise, il s'éleva un brouhaha qui lui
ordonna de se baisser : il demanda une chaise, que personne
ne se pressa de lui donner, et la comédie commençant,
il s'adressa à la petite Julie qui parut la première sur
le théâtre et lui dit qu'on ne jouerait pas la pièce qu'il
n'eût une chaise et pour se rendre plus respectable, il
ajouta qu'il était officier chez le roi: on lui répondit du
théâtre que cela était faux, qu'il en avait été chassé, et un
jeune officier de dix-huit ans, qui était derrière lui, ayant
éclaté de rire à cette réponse, Borde se tourna vers lui
et lui dit qu'il était un plaisant « J... F... de rire dun
homme comme moi.» Cette réponse qui aurait dû ajouter
une nouvelle scène si le jeune homme avait été fou