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450               HISTOIRE D'UNE PENDULE

ginèrent de marier sa fille avec le jeune percepteur et
enfin une de ces antiques pendules à cul-de-lampe, qu'on
méprise dans les villages, mais dont j'ai ouï dire qu'on
fait beaucoup de cas dans les villes. Un marchand d'anti-
quités a bien essayé de l'avoir en en offrant un assez bon
prix aux vieilles demoiselles ; mais comme elle leur vient
de leur grand-père ou de leur arrière-grand-père, je ne
 sais lequel, elles ont tout de bon refusé. Je suis certain
qu'elles s'en déferaient en votre faveur, et si ça vous va,
je me charge de leur en parler ?
    — Ça me va très-bien, lui répondis-je, je l'aimerais
mieux qu'une neuve, cette ancienne-là, voyez-vous ;
j'aime tout ce qu'ont aimé nos pères; j'étais toute jeune
que déjà l'on m'appelait Mère-Grand, et ce sobriquet ne
me déplaisait pas; pour la mode, j'étais toujours en retard
sur mes jeunes compagnes.
   Ainsi fut dit, ainsi fut fait. Un beau jour d'hiver, par
un givre qu'on éprouvait un plaisir d'enfant à entendre
craquer sous ses pas et qui revêtait tous les arbres d'une
robe de dentelle, le messager correspondant du chemin
de fer qui passait à la station de L***, la plus rapprochée
de chez nous, m'apporta une grande caisse, relativement
légère, venant de Bourgogne. Tout de suite je devinai ce
que ce pouvait être. Jacques était justement rentré pour
le repas de midi ; mais telle était mon impatience de voir
cette vieille relique de famille, que je connaissais sans
doute sans l'avoir toutefois remarquée, étant allée chez
mes tantes dans mon enfance, que nous laissâmes le po-
tage fumant, moi pour aller chercher un ciseau, lui pour
s'en servir avec précaution afin d'enlever un à un les
clous plats qui joignaient le couvercle à la caisse. Je fai-
sais crier les planches en soulevant à chaque instant ce
couvercle avant qu'il ne fût tout à fait dégagé. Enfin il