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   qu'à l'église. 11 fait des romans golhico-mystiques où la ian-
  gue du XVI e siècle, aidée de ce que notre moderne néo-
  logisme fournit déplus baroque, le défraye de vieux langage,
  même quand il s'agit de la reine Blanche ou du roi Jean.
  Il taille sa barbe comme celle des rois Mérovingiens, s'assied
  dans un fauteuil surmonté de têtes d'anges, et place une
  sainte Vierge dans le boudoir où il offre la collation aux
  demoiselles qui aspirent au prix de vertu.
     Les sérieux du genre décomposant, analysant, commen-
  tant le christianisme, à l'aide de mythes et de symboles, font
 un poème de ce qui doit être une croyance ; ceux-là sont
 réputés dissidents par les purs néo-chrétiens. Les plus timides
 font des romances, où dans un système de versification à
 eux, plutôt que de laisser passer une expression dangereuse,
  la vertu tord le cou à la poésie ; c'est l'un d'eux qui a mis
 la Bible en vaudevilles.
     Quel que soit le mérite du néo-chrétien littéraire, l'espèce
 la plus brillante est sans contredit celle des peintres. C'est
 elle qui nous fournit ces excellents jeunes gens qui se sont
 endormis épiciers de père en fils, et qui se réveillent artistes ;
dès lors la boutique paternelle leur devient odieuse ; ils aban-
 donnent la mélasse et la colle forte, et se jettent à corps
 perdu dans l'art, l'art pur, fart pour l'art ! A son début,
le néo-chrétien peintre pose d'abord comme génie incompris,
victime éternelle des journaux mal pensants ; pendant long-
 temps on le voit, la souffrance peinte sur sa pâle figure,
déblatérer contre le genre humain ; sa barbe mal peignée
tombe sur sa poitrine et sur son gilet d'homme           Mais un
jour après s'être écrié : Honte à notre siècle bourgeois !
le vent est à la médiocrité, mais je le forcerai à tourner
au sublime, le pauvre colosse relève sa (ête humiliée, et va
se prosterner devant la déesse blafarde qu'on adore à Munich.
Nouveau croisé, il s'enrôle dans la phalange sacrée qui doit