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LA SAINTE-CÉClLIi. 439 des nuances douces ; il faut de l'énergie dans les piano comme dans les forte, et les mots bien lancés dans une phrase calme, impose à l'auditeur la conviction de l'exécutant. La Messe du sacre de Chérubini jouit d'une certaine réputation. Même, lorsqu'on demande ce qui a illustré ce compositeur, à part son traité de contre-point, on vous répond tout de suite : « La Messe du sacre .'... » Je dois avouer que je n'ai pas été enthousiasmé par cette musique froide, sans couleur et sans passion. En écoutant le Credo, on voit que l'auteur a suivi une idée d'ensemble. Il a voulu souligner chaque affirmation par un dessin d orchestre qui varie chaque fois que le chœur s'écrie -.Credo! Les flûtes partent en tierce ira ta dera la la, puis les trombones éclatent en chromatique pan pan pan pan ! alors la grosse caisse termine ti dzing ! et le chœur chante : Credo. Voilà 'la phrase qui revient tout le long de l'ouvrage comme une série de fusées placées de dis- tance en distance, dans un jardin que l'on parcourt la nuit. Le morceau se déroule grave et sérieux au milieu de cette pyrotechnie orchestrale. Est-ce là de la musique? Est-ce là surtout de la musique religieuse ? Décidément la muse de Chérubini est bien cette grande femme de plâtre que Ingres a placée derrière le composi- teur dans le superbe portrait qu'il a fait du maestro. Dans cette froide déesse de carton-pierre, on reconnaît la fée fatale qui étendant la main sur le crâne du contre-poin- tiste lui jette ce sort désespérant : « Toi, tu ne feras jamais que de la fugue ! » Le Salve Regina de M. Gersheim, c'est autre chose. Chef d'orchestre dés concerts populaires de Rotterdam, le compositeur confiait à fond lés instruments et les voix.