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136 LE SALON DE 1875.
avec souplesse sur l'urne qu'elle emplit, a bien le type
mauresque : son noble visage légèrement bronzé est sur-
monté d'un foulard jaune élégamment posé sur de beaux
cheveux noirs. Avec quelle vigueur de tons sa tête et son
vêtement rouge sombre se détachent sur la muraille inondée
des rayons du soleil!
Sa voisine, la Chloé, de M. Faure, est une blonde et jolie
bergère qui emporte amoureusement dans ses bras un
tendre agneau blanc. Elle est élancée comme une biche et
sa démarche est assurée. Mais, à la pureté des lignes et
et aux charmes de la palette, nous voudrions ajouter un
peu plus d'expression, ce qui, Ã notre avis, est essentiel
pour constituer un tableau parfait.
La même observation s'adresserait avec plus de justesse
encore a la toile de M. Belliveaux, n° 58, qui est assuré-
ment une très-belle étude de nu et même un bon modèle
au point de vue plastique, mais qui fait une Madeleine
d'assez mauvais goût...
M. Clément lui-même, qui n'est pas à faire ses preuves,
a trop sacrifié au côté matériel de l'art dans son grand
tableau, n° 185, une Baigneuse el sa Servante; la fantasque
créature, étendue sur la plage, comme une huître au soleil,
n'a d'autre préoccupation que de sécher dans le sable le
corps replet dont son caleçon de bain trahit indiscrètement
les formes irréprochables; et sa camérière, assise tout
auprès, ne pense pas davantage. D'ailleurs, cette toile, dont
la dimension est si disproportionnée avec le sujet, ne
laisse rien à désirer quant au dessin et quand à l'harmo-
nie des couleurs. Nous préférons néanmoins, pour ses
qualités d'ensemble, la Fellah jouant du tambourin :
accroupie à la manière orientale, ses beaux yeux pleins
d'une lueur farouche et ses lèvres sensuelles entr'ouvertes,
elle paraît inspirée par le rhythme de son instrument. Ici, du