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                     LE SAtON DE i87S.                     137
moins, M. Clément a su joindre la vérité de l'expression à
la science du coloris.
    Le jeune Bohémien serbe, de M. Landelle, est delà même
école et exécuté par les mêmes procédés que le tableau
précédent. Quelle intelligence et quelle vivacité dans le
regard demi-sauvage de ce pauvre enfant couvert de
haillons! Dans un autre genre, la Juive de Tanger, du
môme artiste, est une œuvre plus parfaite par la finesse du
 coloris et le fini des détails.
    Mais le plus original, le plus dramatique et le plus étrange
des peintres de genre qui ont exposé cette année, c'est
M. Maignan. Il y a un sentiment glacial et terrible dans
 le Favori de la veille, qui porte cette épigraphe : « 11 fut la
 proie des corbeaux qu'il avait nourris de la chair de ses enne-
 mis. » Rien de plus simple que cette composition : au premier
 plan, est suspendue à une potence une tête livide, celle d'un
 vizir qui naguère faisait courber tous les fronts devant sa
 toute-puissance. Et que font ces soldats de misérable appa-
 rence qui gisent à côté ? Insensibles a ces fatals change-
 ments de fortune, ils promènent un morne regard sur les
 flots de la mer qui se poussent sans cesse l'un l'autre,
 image des coutumes barbares que le despotisme a fait naître
 en Orient, tandis que, dans l'air, une nuée de corbeaux
 s'apprêtent k exécuter la sentence du Romancero...
    Les deux autres toiles de M. Maignan, le Fauconnier
 indou et le Charmeur cafre renferment les mêmes mérites
 que la première et surtout de singulières ressources de
 palette au service d'une idée étrange.
    Cette énergie et cette vigueur de touche, nous les retrou-
 vons dans le Cavalier Louis XIII de M. Sicard. Quel homme
 que ce mousquetaire au teint basané, coiffé du chapeau k
 larges bords, la carabine sous le bras et l'écharpe rouge k
 la ceinture ! Comme il est bien campé avec ces grosses bottes !