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ET DE L'EMPIRE. 431
puissant voyageur il avait conduit le matin, et sut que le général
Bonaparte lui faisait donner un champ, une maison, les moyens de
se marier enfin, et de réaliser tous les rêves de sa modeste ambi-
tion. Ce montagnard vient de mourir de nos jours, dans son pays,
propriétaire du champ que le Dominateur du monde lui avait donné.
Cet acte singulier de bienfaisance, dans un moment de si grande
préoccupation, est digne d'attention. Si ce n'est là qu'un pur caprice
de conquérant, jelantau hasard le bien ou le mal, tour-à -tour ren-
versant des empires ou édifiant une chaumière, de tels caprices sont
bons à citer, ne serait-ce que pour tenter les maîlres de la terre ;
mais un pareil acte révèle autre chose. L'ame humaine, dans ces
moments où elle éprouve des désirs ardents, est portée à la bonté ;
elle fait le bien comme une manière de mériter celui qu'elle sollicite
delà Providence.»
Le lecteur ne s'attendait guère à celte singulière et charmante
églogue éclose, comme une fleur des Alpes, parmi les neiges du St-
Bernard, sous les pieds du I er Consul Bonaparte, qui n'avait pas
trop l'esprit tourné à la bucolique. Mais il avait temps pour tout ;
le 20 mai 1800, il passe le grand St-Bernard et marie les bergers
amoureux ; le 21, il tourne le fort de Bard ; le 22, il emporte la ville
d'Lvrée d'assaut et va battre, a u premier jour, M. de Mêlas en personne.
11 est à remarquer que, tout en ne se refusant point l'idylle véri-
dique et militaire qu'il termine par une belle moralité, M. Thiers
prend un soin extrême de l'exactitude en toutes choses. C'est ainsi
qu'il passe, sans pitié, la brosse historique sur ce tableau populaire
qui a si longtemps représenté, sans conteste, Bonaparte emporté Ã
travers les Alpes par un cheval fougueux. Au coursier poétique, il
substitue le mulet plus humble, mais plus vrai, et qui a le pied plus
sûr. Il efface même la draperie flottante agitée par la tourmente ; il
ne souffre que cette capote grise que le monde connaît.
De toutes les négociations tentées par le gouvernement consu-
laire et glorieusement conduites à fin parce pouvoir heureux, une
des plus importantes et la plus difficile fut ce grand traité avec le
Saint Siège, connu sous le nom de Concordat, œuvre, en effet, de
concorde, d'habileté, de sagesse gouvernementale, et , je n'écris
pas le mot sans réflexion , de véritable philosophie. Etrange et