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ET DE L'EMPIRE. 427
ce récit limpide, reposé et bien coordonné, on comprend tout
d'abord que l'organisation entre dans les choses à la suite du grand
organisateur qui entre au pouvoir. Intéressant spectacle que celui de
celle société sortie de ses voies, désabusée, lasse et meurtrie,
qui cherche à rapprocher ses débris épars, qui veut enfin faire œu-
vre régulière, se sentant, au fond, valide et durable! Après tant
de désordres , l'ordre est enfin devenu la passion du moment. Peu
après la loi du 19 brumaire, qui constituait le Consulat provisoire ,
la Constitution de l'an VIII est adoptée avec un nombre de voix in-
connu jusque-là . Tes commissions et les pouvoirs législatifs fonc-
tionnent avec une facilité et un ensemble admirables. Les projets de
loi sont adoptés, non sans discussion autribunat, mais, en défini-
tive , avec de très fortes majorités. Il se trouve (chose rare dont on
ne saurait tenir assez de compte) des hommes de dévouement, qui,
après avoir rempli les plus hautes fonctions de l'état, acceptent ho-
norablement des emplois inférieurs pour prêter leur appui au pou-
voir nouveau. Je ne sais si M. -Thiers admire beaucoup un ancien
ministre des relations extérieures qui consent à devenir préfet ; mais,
à coup sûr, l'histoire doit le tenir en très haute estime.
Par une déplorable fatalité, sur le terrain de la politique active,
M. Thiers a pu paraître quelquefois un esprit vif, un peu agité,
ayant un certain goût de nouveauté et d'aventures, plutôt que la
volonté calme et persévérante, l'idée préconçue et le génie consti-
tuant, chose rare qui fait la véritable puissance gouvernementale.
Dans son livre, c'est un esprit complètement calme, modéré, sa-
gace, qui a l'intention droite et le toucher sûr. Il explique avec une
admirable netteté et fait comprendre en quelques pages toute l'or-
ganisation financière du Consulat à son début, et cette Constitution
de l'an VIII, œuvre savante , mais, comme il le dit, œuvre un peu
artificielle d'un homme qui s'était beaucoup complu aux essais de
constitutions, et qui, en étant venu à une sorte de lassitude de la
monarchie et de la république , cherchait laborieusement un mode
nouveau dans la pondération compliquée des pouvoirs. C'est avec ce
même esprit reposé et perspicace, qui voit tout et élucide tout,
qu'il raconte les grandes guerres de ce temps, et puis toute l'orga-
nisation religieuse de la France, dans la grave, difficile et heureuse