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POESIE. Naguère hideux à voir et chrysalide immonde Nous lègue de ses œufs la semence féconde, Pour qu'au printemps qui suit, attendant son retour, Les œufs régénérés éclosent à leur tour. Voyez, dans son réduit, l'active ménagère, A ces germes bénis servant de tendre mère, Renfermer dans un coin ce précieux trésor, Espoir de l'avenir et de ses rêves d'or. Quelles précautions et quels soins on déploie Pour conserver un an cette opulente proie, Et quand du mois de mai reviennent les beaux jours Ne songeant qu'à l'objet de ses chères amours On la surprend d'abord, défendant qu'on y touche, Mettant secrètement ce butin dans sa couche, Anxieuse, éprouvant les symptômes divers Que font naître l'espoir ou la peur d'un revers, Jusqu'à l'heure suprême où son âme ravie Voit que, par sa chaleur elle a donné la vie. Quels délices de voir surgir par millions, Ces vers aussi pressés que d'épais bataillons ! Quel plaisir elle trouve à découper la feuille Du sauvage mûrier qu'elle même elle cueille, La donnant, au début, par morceaux divisés, Pour qu'ils soient plus exquis et mieux utilisés ! Huit jours sont écoulés, une phase nouvelle Eveille plus de soins, commande plus de zèle ; Le ver est endormi, c'est un être nouveau, Il faut qu'il se transforme et qu'il change de peau ; Immobile, sans force, l'œil tourné vers les nues, On le dirait frappé de douleurs inconnues ; Il est comme un malade à son dernier moment Qui s'affaiblit et meurt privé de sentiment. Quand la crise est passée, alors il se réveille Et, sans s'apercevoir du fléau de la veille, Alerte, vigoureux, il assouvit sa faim, Sur l'aliment qu'apprête une amicale main. Il s'allonge et grossit pour s'endormir encore