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DES LANGUES ANCIENNES. 501
véritablement fort. Le fruit que les jeunes intelligences recueil-
leront des lettres antiques, est donc celui qu'on doit chercher Ã
travers tout exercice de l'esprit et du cœur, à travers toute
éducation, à savoir le sens de l'ordre et la domination de soi-
même.
Soyons donc armés dorénavant contre toutes ces attaques di-
rigées sur les études classiques et à travers elles sur toute cul-
ture littéraire. Sous ces prétentions de remplacer les langues an-
ciennes par un enseignement professionnel ou par celui des
sciences combiné même avec l'étude des langues vivantes, ce
n'est point le zèle des sciences qui se cache, ni même une meil-
leure entente des intérêts industriels. Ce n'est rien de plus qu'un
des mille déguisements de l'esprit révolutionnaire, qu'un des
épisodes de la guerre éternelle de tout ce qui est bas et médiocre
contre tout ce qui est noble et élevé ; c'est une concession faite
à cet égalitarisme aveugle qui a posé en fait d'enseignement cet
article de la charte socialiste : une éducation la même pour
tous, et obligatoire pour tous. Or, comme il ne peut y avoir de
commun à tous, en fait de savoir, que ce qui est possible au plus
médiocre de tous, abolissons toute haute culture de l'esprit, éta-
blissons le niveau là seulement où il peut exister, c'est à dire dans
la stupidité et dans l'ignorance.
D'un bord opposé, l'on récrimine souvent et avec justice
contre les demi-lettrés. Trouvez le moyen de diminuer le nombre
de ceux qui ont mal étudié le latin et le grec ; n'imposez pas la
nécessité de ces études mal faites à des professions qui n'en ont
pas besoin. Mais si vous pouvez accroître la famille des esprits,
sérieusement, sainement nourris des bonnes lettres, c'est à dire,
des lettres antiques, vous aurez élevé le niveau intellectuel de la
nation tout entière, vous aurez fait ce qui peut le plus contribuer Ã
son influence, à sa véritable grandeur. En dépit des splendeurs de
l'industrie, il faudra dans l'avenir, comme il le fallait dans le
passé, pour être une grande nation, viser plus haut qu'à former
une société de castors ou de fourmis. On déclare la grandeur mi-
litaire désormais impossible ; plus les gloires de l'héroïsme s'effa-
ceront et plus doivent resplendir celles des arts de la pensée.