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                        CONSTANCE DAYMER.                        237

                         LETTRE XXVI.

   De sœur hospitalière Saint-Etienne à Mathieu Servolet.
                                  Cbarabéiy, 18 décembre 1866.
          Mon cher Mathieu,
    Je suis attérée d'un événement qui vient de se produire à la
 maison. Prends toute ta fermeté d'homme pour me lire. Il s'a-
 git de notre sœur Constance... Elle est ici; ici parmi les ma-
 lades.
    On l'a apportée, il y a deux on trois heures d'un hôtel de la
 ville. Elle a une fluxion de poitrine très-grave. Je ne lui ai pas
 encore parlé. Je ne veux même pas me-montrer à elle, de peur
 de lui faire une révolution. Je surveille seulement les soins qu'on
 lui donne.
    Je ne pouvais garder cette affreuse nouvelle sur le cœur, mais
je ne savais à qui la dire. A ma mère, comme cela, sans prépa-
 tion? Ça l'aurait trop impressionnée. Au curé Balliere?... C'est
 que les secrets de Constance ne m'appartiennent pas et doivent
 rester en famille. Je ne vois donc, en définitive, que toi pour
 confident, â qui j'avais aussi songé lé premier.
    Qui aurait pu me dire que je te parlerais de Constance dans
 ma première lettre après l'annonce de tes projets de mariage?
 Lise Dégletagne est bien la plus aimable personne que j'aie con-
 nue dans nos pays. Elle est pieuse, instruite et bonne ménagère.
Les terres qu'elle t'apportera, situées à Saint-Vit, seront pour
toi d'une surveillance facile, à raison de tes voyages. Toutes les
convenances semblent bien là réunies. Il n'y avait qu'une ob-
jection ; c'est que les Dégletagne sont plus riches que nous. Je
suis heureuse que ma retraite au couvent, surtout les gains et les
traités que tu as faits depuis un an, aient pu décider la famille.
Tu seras, là, certainement heureux, et, comme je te connais, tu
ne manqueras pas de reporter à Dieu l'offrande de ton bonheur.
Cela le rendra inaltérable.
   Embrasse bien la chère mère pour moi.