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256 PÉLOPONÈSE. grande réputation militaire et voulut la consacrer par la con- quête du pachalik dont il était investi. Il partit des bords du fleuve Pénée , le 1 er juillet 1822, à la tète d» 20,000 fantassins et de 10,000 cavaliers ; il avait en outre soixante pièces de cam- pagne, quinze cents chameaux et deux mille bêtes de somme. Quinze jours lui suffirent pour descendre des hauteurs de la Thessalie sur les rives du golfe argolique. A peine les habitants d'Ârgos virent-ils déboucher dans la plaine les éclaireurs de cette formidable armée, qu'ils se dispersèrent dans les monta- gnes après avoir mis le feu à leurs habitations. Deux cents hom- mes seulement, commandés par Ypsilanti, s'enfermèrent dans les châteaux de la citadelle, résolus à mourir. Mohammed vint camper entre Argos et Nauplie, après être entré dans cette der- nière ville sans éprouver de résistance. Jamais, depuis les guer- res de l'antiquité, cette mer n'avait vu tant de soldats rassemblés sur son rivage où les deux races ennemies, la race grecque et la race orientale, se retrouvaient comme autrefois en présence. Les trente mille hommes de Dramali remplissaient la plaine du bruit de leurs voix et de l'éclat de leurs armes ; des étendards flottaient de tous côtés ; des chevaux à la selle ornée d'or et de velours couraient dans tous les sens, et les chameaux agenouil- lés, gémissant sous leur fardeau, faisaient retentir l'air de leur cri plaintif et sauvage ; le soir , le tambour des Turcs résonnait, et les sérénades avaient lieu, comme un jour de fête, à l'entrée des tentes pavoisées des chefs. On se serait volontiers demandé quelle étrange fantaisie arrêtait ainsi cette riche et nombreuse ar- mée devant des masures en cendres, au pied d'un rocher aride. De leur côté, les deux cents Grecs d'Ypsilanti, presque sans muni- tions et sans vivres, contemplaient ces troupes indolentes et mé- prisables ; ils semblaient compter le nombre de victimes qu'ils auraient à faire avant que la fatigue ne les livrât à leur tour aux coups de leurs ennemis; tandis que les Turcs perdaient un temps précieux à se reposer, ils invoquaient le Dieu des armées et par- couraient sans cesse du regard les montagnes où leur œil perçant et exercé voyait des groupes d'hommes , trompant sans peine la vigilance endormie des Infidèles , se rassembler et se former