page suivante »
392 EXCURSION BANS LE MIDI. la beauté, sont la parure extérieure des villes et des nations au temps de leur grandeur; et, dans les époques de décadence, ils ennoblissent leur infortune. Le Romain, dont on déplore l'abaissement, vous montre le Colisée et Saint-Pierre, et le Florentin se console des misères du temps présent au pied de son Campanile. Tout en devisant ainsi, nous nous acheminions, de la p r o - menade Bonaparte que nous venions de quitter, vers le fort de Nolre-Dame-de-la-Garde, autre montagne qu'il nous fallail gravir, nous avait dit notre cicérone, si nous voulions con- naître dans son ensemble le beau panorama de Marseille et du golfe qui chante aux pieds de Montredon, selon l'expression du poète marseillais (1). La chaleur était excessive et la montagne pénible à fran- chir. Nous arrivâmes enfin devant une vieille charpente re- couverte de planches vermoulues: c'était le ponl-levis du fort. Au bout de ce pont-levis il y avait un gros garçon rouge, joutlu, trapu, coiffé d'un morceau de cuir vernis qu'on appelle schako, le corps engaîné dans un sac bleu que l'on appelle uniforme. Ce gros bonhomme représentait la sen- tinelle avancée, l'un des braves soldats du 88 de ligne, aux- quels était confiée la garde du fort. Pour le moment, le guer- rier s'était débarrassé de son fusil, probablement parce qu'il le trouvait trop lourd, et il l'avait posé sans façon derrière lui au pied de la muraille ; puis, le menton appuyé dans ses deux mains, les deux bras accoudés sur les barrières du pont, il regardait tranquillement filer les barques légères sur les eaux bleues du golfe. Nous traversâmes le pont branlant à côté de ce fidèle gardien d e l à patrie sans, qu'il nous fit l'hon- neur de se retourner pour voir qui entrait dans la citadelle. En traversant la première cour, nous aperçûmes, accrou- pis sur des mottes de terre, un groupe de fantassins occupés à souffler dans un tube de paille des globules de savon, sym- (1) Mcry.