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356 LES DEUX PROFESSEURS.
et peu honorable pour les auteurs de nos supplices, les mau-
vais traitements et les tortures étaient surtout le plus en vi-
gueur dans les institutions comme la mienne, dirigées par
d'anciens ecclésiastiques, ministres d'un Dieu de miséricorde
et de bonté. Ce qui n'empêcha pas ces messieurs de se rallier
à l'église qu'ils avaient abandonnée, quand vint la Restaura-
tion, et tous arrivèrent prendre leur petite part au gâteau.
Mon digne professeur ne fut pas des derniers, on récompensa
son zèle en le nommant des premiers chevalier du lys ; plus
tard, on lui conféra les insignes de la légion-d'honneur pour
les soins et la tendre sollicitude qu'il avait constamment ap-
portés à l'éducation des nombreux élèves commis à sa garde.
Sa paroisse le nomma trésorier de la fabrique, et la veille du
jour où il quitta ce monde pour n'y plus revenir, il fit chasser
de l'église un pauvre vieux bedeau qui avait omis de lui
porter sa portion de pain bénit.
Peu de temps après mon exécution, mon maître voulut
bien me permettre de sortir avec l'obligation , toutefois, de
revenir le soir même. C'était un dimanche, par un de ces
temps tristes et froids du mois de novembre, j'accompagnais
mon père dans une visite qu'il allait rendre, quand je vis
déboucher d'une de ces petites rues sombres et humides du
quartier Saint-Jacques un pauvre petit vieillard, la tête en-
foncée dans le collet d'une mauvaise petite redingote toute
sèche et toute étriquée, mal chaussé, longeant les maisons, et
paraissant complètement étranger à tout ce qui se passait dans
la rue : c'était lui ! mon maître d'école ! — Papa ! m'écriai-
je, M. Bayeux! Je saisis aussitôt un des pans de la malheu-
reuse redingote et le fis s'arrêter, mais il ne me reconnut
pas. Mon père échangea avec lui quelques paroles qui le
mirent un peu sur la voie ; et quand je prononçai le nom de
sa femme, il essuya une larme, pnis il nous répondit qu'elle
n'était plus.— Et votre fils? lui demanda mon père, qui