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LA SUAV10LA. 439 El elle le fit asseoir près d'elle, le regarda pendant un ins- tant, puis elle ajouta : Tu es fort, n'est-ce pas?... et moi, habituée à la vue des précipices, je ne crains pas le vertige. Je vais donc m'avan- cer plus que tu ne pouvais le faire tout seul ; et, pendant que lu me retiendras par un de mes bras, je plongerai l'autre dans l'abîme. Cette audacieuse idée fit tressaillir Etienne. Mais il com- prit que toute objection serait vaine et ii ne répliqua rien, exalté qu'il était d'ailleurs par la pensée d'associer, pour un moment et dans un danger commun, sa destinée à celle de la jeune fille. — Viens, lui dit-il, viens ! Et saisissant son bras avec une force qu'il "ne s'était jamais connue jusqu'alors, il la vit se glisser de plus en plus en avant, se suspendre entièrement sur l'abîme, tendre-la main ane première fois... la tendre une seconde, arriver enfin à la plante et l'arracher... Mais, fatalité ! cette plante s'engage aussitôt dans les aspérités du rocher, et un coup de vent inat- tendu l'enveloppe de ses tourbillons et l'emporte dans les si- nuosités du vallon. — Descendons, s'écria impétueusement Etienne, descen- dons et nous la trouverons ! — Nous la trouverons! répéta la jeunefille,reconnaissante du courage dévoué dont il venait de faire preuve. Et ils descendirent dans le vallon, le parcoururent dans tous les sens, che-chant la plante avec le soin minutieux de l'avare qui a perdu son trésor. — Mais quel nom, demanda Etienne, quel nom les habi- tants de ces contrées donnent-ils à la plante que nous cher- chons, et quelle est sa vertu ! On l'appelle phéniv, répondit la jeune fille, et sa vertu est souveraine pour guérir les blessures. Jamais, dans toutes les