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238 ESSAI SUI\ LE LIVRE DE JOB. obligé de chercher un refuge auprès de son père, que devient cet autre oracle par lequel il promet une victorieuse assistance à son Église jusqu'à la consommation des siècles ? Mais si le Christ remonte auprès de son père pour en redescendre et achever son œuvre, que devient l'unité de son second avènement? Nous savons bien que M. Moglia a signalé celte dernière difficulté et qu'il y répond, mais il ne suffit pas de prévenir une difficulté, il faut la résoudre, et nous ne pensons pas que les arguments de M. Moglia pour maintenir, dans son hypothèse, l'unité du dernier avènement, puissent satisfaire qui que ce soit. Il est pour nous évident que ce qui a jeté M. Moglia dans de si étranges idées, c'est son invincible obstination à ne voir dans l'Apo- calypse que l'histoire prophétique des suprêmes destinées du monde. Sans doute, le dénouement du grand drame de l'humanité occupe une large place dans les visions de l'apôtre, mais il serait incroyable que les nombreuses péripéties de ce draine n'y eussent pas aussi la leur. Eh quoi donc, la Providence de Dieu n'aurait-elle eu d'autres vues, en faisant à l'Église naissante cette magnifique révélation, que de lui découvrir ses derniers combats et le terme de sa mission? Cela n'est pas admissible, c Je ne puis consentir, dit Bossuet, avec sou grand langage, au raisonnement de ceux qui renvoient l'accomplissement (de cette révélation) à la fin des siècles, car les combats de l'Église, et ce qui allait arriver, tant aux juifs qu'aux gentils, en punition du mépris de l'Évangile, la chute des idoles, la conversion du monde, et enfin les destinées de Rome et de son empire, étaient de trop grands et tout ensemble de trop prochains objets pour être cachés au prophète de la nouvelle alliance (1). » Saint Augustin, dès le \ ,e siècle, avait posé dans le vaste plan de la Cité de Dieu la base d'une autre explica- tion qui consiste à montrer, sous les colossales figures de l'Apocalypse, deux cités et deux empires mêlés selon le corps, séparés selon l'esprit, une cité, un empire de confusion et de trouble, une cité et un empire d'ordre et de paix, les premiers habités par les réprouvés, les seconds par les élus. Et certes, c'est là une exégèse digne du génie de saint Augustin, digne de la Providence et de la sollicitude dont elle entoure son Église ! Tout récemment, sous ce titre : La Révélation de saint Jean, un modeste auteur, M. Michel, en s'aidant des lumières de l'histoire, a (1) Préface sur l'Apocalypse.