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29G                    VOYAGK A HOME.

resterai longtemps, je l'espère. CarCivita-Vecchia, —vieille
petite ville, — gagne à être connue, comme telle personne
âgée a l'abord morose, au fond excellent.
   Donc j'ai vu Rome. Ne redoutez aucune description. Tout
ayant été dit à ce sujet, quand même je vous manderais le
dessus du panier, rien ne serait neuf. Puis j'ai vu trop de
choses et trop vite. Cet entassement de merveilles tour-
billonne confusément dans ma tête. Tel un homme peu
habitué a la bonne chère, qui, après un repas exquis et
copieux, sait bien que tout était excellent, sans pouvoir
analyser les mets les plus savoureux, ni définir le bouquet
des vins. Voici un court résumé de mes impressions per-
sonnelles, qu'une deuxième visite modifierait, peut-être,
quant aux détails, mais non, je crois, quant aux points
 saillants.
    Avant tout, ce qui flotte, — comme le souffle biblique à
la surface des grandes eaux, — sur le chaos de mes idées
 passablement troubles, c'est un sentiment irréfléchi de tris-
tesse, de regret. Jonchez de fleurs, couvrez de sculptures
une tombe, vous n'en penserez pas moins a ce qui gît au-
 dessous. Le spectre du mort tantôt se dressera parmi les
 roses, tantôt se penchera sur les cippes blancs. Ainsi Rome
 moderne, avec ses richesses et ses splendeurs, ne peut
 éteindre le souvenir de la vieille Rome qui dort sous le pavé
 des rues et fait surgir, a chaque carrefour, — comme un os
 de squelette qui perce la terre,—un tronçon de colonne, un
 obélisque, un arceau ou quelque dôme dépouillé comme un
 crâne humain.
    Un soir, je fumais mon cigare au point culminant des
jardins Farnèse, dont les bordures de buis taillés poussent
 sur les combles du palais des Césars. J'essayai par la pensée
 de reconstruire la ville aux sept collines. A ma droite, le
 Colysée, tout empourpré des derniers feux du jour, arron-