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                      ACADÉMIE DE-LYON                                75
à s'assurer des alliés. La France avait à opter entre l'alliance de la
Prusse et celle de l'Autriche. La Prusse avait même auparavant
signé un traité d'alliance ; mais ce traité expirait précisément
en 1756. L'Autriche négociait, mais avec beaucoup d'hésitations et de
lenteurs. Il fallait, avant de conclure avec elle, s'assurer des dispo-
sitions de Frédéric qu'on considérait non sans raison comme un
ami intéressé et un allié peu fidèle. Ce fut la mission qui fut confiée
à un diplomate habile, le duc de Nivernais.
   La France avait eu vent des négociations de la Prusse et de
l'Angleterre et pressentait une défection. Frédéric, en présence du
duc de Nivernais, affecta la sincérité, presque la bonhomie. Dès
la première audience, le 16 janvier 1756, ce fut lui, qui le premier
parla de ses négociations avec l'Angleterre et les présenta comme
un simple effort d'assurer la paix et la neutralité de l'Europe. En
même temps les démonstrations extérieures du bon accueil le plus
empressé avaient pour but d'endormir la vigilance de l'envoyé
français. Aux entrevues ultérieures, même système d'aveux d'une
franchise calculée et de protestations de bonne amitié pour la
France. Rien de tout cela ne trompe le duc de Nivernais qui de-
mande des engagements positifs que le roi s'empresse d'éluder.
Pendant ce temps, le traité définitif de l'Angleterre et de la Prusse
se signe à Londres, et c'est Frédéric lui-même qui communique à
l'ambassadeur de France ce traité qu'il affecte de considérer comme
une simple convention passagère imposée par les circonstances.
Puis il part pour Postdam, s'y renferme trois semaines sans inviter
le duc de Nivernais afin de gagner du temps, l'invite enfin avec les
mêmes protestations banales. Le duc de Nivernais démêle parfai-
tement les motifs d'une telle conduite, les signale à son gouverne-
 ment dans des dépêches fines et spirituelles, en même temps que
plus d'une de ses réparties jette le roi de Prusse dans l'embarras.
 Cependant la situation du duc devient de plus en plus délicate et
 difficile.il quitte Berlin le3 avril 1756; il y est remplacé par Valory,
 ancien ministre de France en Prusse, fort au courant des choses
 et des hommes de ce pays, mais envoyé uniquement pour reculer
 un peu la rupture et renseigner le gouvernement français sur les
 préparatifs d'une guerre imminente.
   Tel est le tableau dont M. Dareste fait passer sous nos yeux les