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                     SOUVENIRS DE LYOK                     31

 bataire l'habitude de se coucher et de se lever tard, aussi
 de ne pas se gêner dans ses actions et dans ses vêtements.
Il faisait ses opérations et sa clinique, toujours en retard,
 en pantalon jaunâtre à pied et en pantoufles, enfin la visite
de ses malades avec la robe doctorale flottante à la diable
et, au lieu de la toque professionnelle, avec une vieille
casquette en peau de loutre.
   Tout autre était l'aide-major M. Mortier, qui était petit,
un peu gros, d'un blond pâle, concentré, morose, très
susceptible, marchant les yeux baissés et le regard oblique ;
apostrophant durement les élèves qui, croyant n'avoir pas
été aperçus, ne le saluaient pas. Il était du reste très bon
anatomiste et intrépide opérateur, mais n'observant pas le
précepte jucunde. Comme M. Janson le tenait à distance et
dans une sorte d'inaction, il profitait des intérims causés
par les absences assez fréquentes de son supérieur pour se
dédommager et s'entretenir la main en pratiquant le plus
d'opérations possible. Aussi, à son retour et à sa première
visite, M. Janson ne manquait pas de dire ironiquement à
ses malades : « Et toi, on ne t'a rien coupé ? » Ce qui ne
manquait pas de causer parmi les élèves une hilarité d'au-
tant plus forte que M. Mortier n'était pas aimé. Devenu,
en 1823, titulaire du majorât, il ne posséda pas longtemps
cette haute position, qui lui permettait de se livrer sans
contrôle à son goût pour les opérations. Il mourut peu de
temps après, et M. Janson fut prié par l'Administration de
continuer jusqu'au 31 décembre 1835 les fonctions de chi-
rurgien en chef; il céda à M. Gensoul, nouvellement nommé
à la suite d'un brillant concours.
   Le service religieux était exercé par six aumôniers, dont
le premier portait le titre de chef spirituel, lequel avait la
haute main sur toute la communauté. Il présidait aux repas,