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      ÉTUDE SUR DONT QUICHOTTE ET PICKWICK-CLUB           183

barbier de village pour un chevalier errant, et lui cherche
querelle au nom de la dame de ses pensées, parce que
c'était l'usage consacré dans les romans de chevalerie.
Cet épisode n'est guère que plaisant ; mais voici du sérieux.
Rencontrant une chaîne de forçats que l'on conduit au
bagne, il se figure que ce sont d'innocentes victimes ; il
fond sur les gardes-chiourmes, les met en fuite, délivre les
prisonniers, qui profitent de leur liberté pour tomber sur
lui et le rouer de coups. Que de fois il est maltraité, battu,
presque assommé ! Notamment par le muletier de Mari-
torne, pour s'être mêlé de ce qui ne le regardait pas ; par
les bergers dont il a effrayé les troupeaux; par bien d'autres
encore. C'est son lot de chaque jour. Ce beau rôle de
 redresseur des torts ne lui réussit pas; il n'en retire que
des horions. Et il les mériterait s'il n'avait pour excuse tant
 d'illusions honorables mais dangereuses. Il fait le mal en
 voulant faire le bien. Partout il gêne, il dérange, et avec
 les meilleures intentions du monde il trouble l'ordre nais-
 sant.
   M. Pickwick est certainement moins fou. Ce n'est même
chez lui qu'une douce manie. Les maladresses qu'elle lui
fait commettre ont moins de gravité pour l'ordre public et
des conséquences moins fâcheuses pour lui-même, bien
qu'elles le mettent souvent dans d'assez mauvais cas. Lui
aussi est épris d'humanité et de justice; partout où il croit
voir une victime, et souvent bien à tort, il se jette à la tra-
verse, faisant plus de mal qu'il n'en voulait empêcher, et
n'en recueillant que des mésaventures. Mais en outre de
la justice et de l'humanité, il a un autre idéal, moins bien
entendu encore et plus chimérique ; c'est la passion de la
science. Notre siècle est le siècle de la science. Les grands
progrès qu'elle a accomplis sont l'objet légitime des plus