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184   ÉTUDE SUR DON QUICHOTTE ET PICKWICK-CLUB

vives admirations ; ses merveilles enflamment l'imagination
au moins autant qu'autrefois les romans de chevalerie, et
font naître d'aussi vastes espoirs. M. Pickwick est féru de
cette noble ambition. Par malheur la vocation manque, et
aussi la méthode, sans laquelle toute recherche scientifique
est frappée de stérilité. Les efforts de M. Pickwick à la
poursuite de la science ne sont pas moins puérils ni moins
plaisants que les exploits du héros de la Manche. Bon
bourgeois de Londres, il pourrait jouir en paix d'une large
aisance, vivre doucement et commodément en faisant du
bien autour de lui, comme son excellent naturel l'y porte,
mais modestement et sans éclat. Loin de là, il veut être
un savant, illustrer son nom, doter l'humanité de quelque
grande découverte scientifique, comme les héros de la
science anglaise, les Newton, les Watt, les Davy. Il a fondé
avec quelques-uns de ses amis une petite Académie, un
club, comme on dit en Angleterre ; et là, pour débuter par
un grand coup, il a lu un savant mémoire, fruit d'études
approfondies, sur une palpitante question d'histoire natu-
relle, la transformation des têtards en grenouilles. Mais
ces travaux sont d'un intérêt trop restreint pour une si
belle ambition, bien qu'ils aient ravi la docte assemblée
dont la compétence et l'aptitude scientifique sont juste au
niveau de ce qu'elle admire chez son président. On con-
vient d'élargir le cercle de ces savantes recherches. Pour
cela, il faut sortir de la vie casanière ; il faut quitter
Londres, et, en parcourant l'Angleterre, il est imman-
 quable qu'on ne rencontre des sujets d'étude plus féconds,
plus riches en points inexplorés sur lesquels le génie de
M. Pickwick pourra se donner carrière. De là à faire de
grandes découvertes et à devenir une nouvelle gloire de sa
patrie, il n'y a qu'un pas.