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Les historiens des temps modernes se trouvèrent en présence
de sociétés et de gouvernements infiniment plus complexes, de
faits particuliers beaucoup plus variés et de laits généraux d'une
importance plus grande et d'une appréciation plus difficile. Us
furent obligés, non seulement de se livrer à des travaux d'éru-
dition pour s'assurer de la vérité des événements, mais aussi
d'étudier les sciences politiques et les sciences morales pour avoir
des opinions arrêtées sur les principes des sociétés et des gou-
vernements et sur toutes les questions qui s'y rattachaient ; ils
furent donc appelés à se servir de leur raison beaucoup plus que
de leur imagination. Ils mirent leur étude principale à avancer
des théories, puis à prouver ce qu'ils avançaient, et ils furent
conduits assez naturellement à dédaigner les récits et les tableaux
comme des ornements inutiles ou contraires à ce qui leur parut
être la dignité de l'histoire. S'ils ne rejetèrent pas toujours la
forme des tableaux et des récits, ils en firent encore la plupart
du temps un instrument de controverse. De là une prétendue
histoire philosophique; je dis prétendue, car Macaulay soutient
que jusqu'à ce siècle-ci il n'y a pas eu d'historiens philosophes
dans le vrai sens de ce mot, mais seulement des historiens so-
phistes , et il compare ses devanciers aux sophistes grecs pré-
décesseurs de Socrate et de Platon. On comprend que c'est
là une critique générale, admettant un nombre infini de va-
riétés. Combien n'y aurait-il pas à emprunter ici à Macaulay
d'observations aussi piquantes que vives sur la gravité solennelle
de Hume ou de Robertson, sur les subtilités critiques de Gibbon,
sur la légèreté doctorale de Voltaire, sur la complaisance de
Montesquieu pour tout ce qui ressemble à de la profondeur. Aux
historiens français en particulier, il adresse le reproche que
Voltaire leur faisait déjà , celui d'être assez ennuyeux, a little
tedious, et il étend le reproche jusqu'au volumineux Sismondi.
Arrivés au commencement de ce siècle, nous pouvons cons-
tater un véritable changement de front. L'histoire prend des
allures plus libres et plus variées. Si elle disserte, si elle rai-
sonne, elle le fait mieux, parce qu'elle est plus éclairée dans les
sciences morales et politiques, parce qu'elle apporte dans l'étude