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                           TRAITRE OU HÉROS?                            413

 n'était plus le même homme ; ses traits s'étaient enflammés
 d'un feu sombre; ses lèvres contractées tremblaient; deux
 ruisseaux de larmes sillonnaient le bronze de ses joues.
    Salvador ne douta plus qu'il n'eût le bandit Ephisio Mali-
 pierri devant lui.
    Ephisio, car c'était bien lui, en effet, détourna la tête et
 s'éloigna.
    Il ne tarda pas à revenir complètement maître de lui-même,
 et la figure froide et calme.
    — « Frère, dit-il à Ulloa, tu as vu tout à l'heure dans la
 grotte où je suis monté, l'asile que je puis l'offrir. Tu peux
 en prendre possession dès ce soir. 11 contient mes provisions
de vivres et t'offrira une couche que tu ne trouveras pas plus
dure qu'aucune autre de celles que peut le présenter la mon-
tagne, mais où tu peux reposer avec une sécurité que lu cher-
cherais peut-être longtemps ailleurs, — s'il arrivait, ce que
je ne te demande pas, que les circonstances de la vie le ren-
dissent nécessaire un abri sûr; lu es mon hôte et tant que
tu le seras, tout ce qui m'appartient t'appartient, je réponds
de loi corps pour corps et ma vie défend la tienne. »
    Le bandit accompagna ces paroles d'un quariina que loul
Sarde sait par cœur et dont il aime à saluer les personnes
qu'il reçoit chez lui pour la première fois :

  « L'ange de Dieu est derrière l'étranger qui frappe à ta porte ;
  Ouvre la-donc et que ton hôte te soit sacré ;
  En entrant, il t'apporte une bénédiction ;
  En sortant, il emporte tes péchés! (1) »

   (1) Encore Homère 1 II m'est impossible de citer ce quatrain populaire
sans faire remarquer à quel point il rappelle ce qu'Eumée dit à Ulysse dans
l'Odyssée : « Je n'ose mal recevoir un étranger quand il en viendrait un
« qui mériterait moins d'égard que toi, car tout étranger est sous la
« sauvegarde de Jupiter. »