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TRAITRE OU HÉUOS. 225
effet, une sommation portant l'indication du jour, de l'heure
et des lieux où devront être apportées les provisions requises.
S'il n'est point répondu à cette première sommation, ils la
font suivre d'une seconde. Celle-ci est accompagnée d'une
menace d'incendie. Celle menace, toutefois, n'est point écrite :
seulement, le papier qui contient la sommalion est brûlé aux
quaîre coins, éloquence muette, toujours comprise et d'un
effet cerlain. Une fois entré dans celle voie fatale, c'est par
le crime que le bandit, devenu la terreur du pays, disputera
désormais son existence sans cesse menacée. Poursuivi sans
merci, la loi de sa propre conservation le condamne à la
déprédation et au meurtre. S'il est pris, il termine sur un
gibet une vie pleine d'alarmes, de hontes et de misères; il
la termine, s'il parvient â rester libre, dans le dénûment le
plus complet, au milieu des angoisses de l'abandon et du
désespoir.
J'eus occasion moi-même d'en contempler l'émouvant et
douloureux exemple.
Je me trouvais un jour dans un village situé au débouché
d'une gorge étroite et sauvage, descendant presque perpendi-
culairement de l'un des plus hauts plateaux de la chaîne de
montagnes qui relie le midi au nord de l'île. Cet affreux ravin,
lit de torrent pendant l'hiver, n'en porte pas moins le nom de
roule et forme effectivement la seule voie de communication
ouverte entre les régions supérieures et le bas-pays. Elle se
raccorde au village par une avenue tortueuse, serpentant
au milieu des jardins d'orangers et de citroniers, groupés
au pied de la monlagne. Une source abondante, qui s'épanche
en cascade comme d'une urne penchée, d'un bassin naturel
creusé dans le granit à quelques mèlres au-dessus du sol,
arrose ces odorantes retraites et ses eaux cristallines, après
s'être déployées en vaste nappe au bas du roc, se divisent
en une quantité de petits ruisseaux soigneusement dirigés et
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