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                      DANS LE LYONNAIS                    139

elle est absente depuis deux ans. Elle traverse le Bourbon-
nais, s'arrête à Moulins et à Lyon, et fidèle à la tradition de
sa famille, elle va vénérer dans la première de ces deux
villes les reliques de sainte Chantai sa bisaïeule, et dans la
seconde celles de saint François de Salles, que Mme de
Sévigné appelle à cette occasion et par une aimable fami-
liarité son grand-père. Elle écrit le 5 avril : « Vous m'at-
« tendrissez en me parlant du cœur de ma grand-mère ; il
« avait été rempli de l'amour de Dieu. Vous aurez trouvé
« celui de mon grand-père à Lyon marqué à la même
« marque : ces bonnes personnes-là doivent bien prier Dieu
« pour nous. » L'innocente plaisanterie de Mmc de Sévigné
nommant saint François de Salles son grand-père, à raison
des rapports spirituels qui unirent l'évêque de Genève à
sainte Chantai, a produit une singulière méprise de la part
de M. Capmas, éditeur du manuscrit des lettres découvert
à Dijon en 1873 : « Il semble résulter, dit-il dans une
note, de ce que dit Mme de Sévigné, que son grand-père
avait été enterré à Lyon. On sait que le baron de Chantai
mourut dans une partie de chasse à l'âge de 37 ans ; mais
nous ignorions le fait particulier que paraît révéler notre
lettre » (13). La lettre ne révèle rien du tout, et l'éditeur
 n'a pas compris que la marquise entend parler de saint
 François de Salles mort à Lyon, et dont le cœur, déposé
 d'abord chez les dames de Sainte-Marie de la Visitation de
 Bellecour, fut transporté, à l'époque de la Révolution, par
 les religieuses de ce monastère au couvent de la Visitation
 de Venise, où elles se réfugièrent et où il est encore l'objet
 de la vénération des fidèles.



  (13) Édition Capmas. T. II, p. 502.