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84           HISTOIRE DE LA STATUE D'AMPÈRE

de génie, et la dépense qui en résulterait serait assez mi-
nime pour un budget tel que celui de la ville de Lyon :
 « Le Conseil municipal, disait-il, en terminant, s'honorera
« lui-même, en honorant la grande, noble et pure mémoire
« d'Ampère. »
   Peut-être l'orateur aurait-il pu ajouter aussi que la fon-
dation du prix Ampère-Cheuvreux imposait à la ville un
devoir impérieux de reconnaissance, s'il n'était quelquefois
imprudent de rappeler des dettes de cette nature à un corps
délibérant aussi bien qu'aux individus.
   Quoi qu'il en soit, il semble que dans une assemblée
composée de Lyonnais, cette proposition eût dû être votée
sans opposition. Il n'en fut point ainsi; elle fut combattue
par quatre membres du Conseil et il n'est peut-être pas sans
intérêt de faire connaître les objections qu'ils soulevèrent.
   Le premier déclara que la mémoire des grands hommes
devait leur survivre par leurs œuvres, leurs travaux et la
reconnaissance des générations futures, et non par des sta-
tues, qui constituent une dépense superflue.
   Le second, perdant de vue le mobile, essentiellement
lyonnais, qui dirigeait les auteurs de la proposition, refusa
de voter l'érection d'une statue à Ampère, tant qu'on n'au-
rait pas élevé, à Lyon, une statue à Voltaire.
   Le troisième, mort récemment député du Rhône,
M. Rochet, combattit la proposition par une considération,
qui nous permet de croire que l'honorable conseiller se
figurait que les hommes comme Ampère ne sont point rares :
« Il convenait, dit-il, d'éviter les compétitions que pourrait
« provoquer une semblable détermination. Si on votait une
« statue à Ampère, cette décision créerait un précédent
« compromettant, car on ne pourrait plus refuser à l'un ce
« qu'on aurait accordé à d'antres. »