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DE LA RÉPUBLIQUE ROMAINE. 4'17 même époque, en Grèce, Aratus, conduisant une centaine de prociits, délivrait Sicyone, sa patrie, au moyen d'une escalade nocturne, et il faillit être arrêté dans cette fameuse entreprise par une patrouille de quelques hommes et par deux chiens qui aboyaient. Faut-il s'étonner que la nation romaine, qui pesait d'un tel poids au centre de l'Europe méridionale, ait forcé ce monde de petites républiques à se pencher de son côté et à s'incliner devant elle ? Une autre conséquence de la propagation du droit de cité hors de Rome, ce fat que les plébéiens devenaient à chaque annexion de territoire plus nombreux et plus puis- sants. S'ils conquirent l'égalité politique au temps des guerres du Samnium, c'est que la formation d'un grand nombre de tribus romaines dans les campagnes de l'Italie avait donné â la plèbe la majorité décisive dans les co- mices. Aussi, lorsqu'en 241 avant J . - C , le pays agricole de la Sabine forma les 34° et 35e tribus, le patriciat dut consentir à modifier la vieille constitution aristocratique attribuée à Servius , et la prépondérance dans l'assemblée du champ de Mars passa aux propriétaires des classes moyennes, aux paysans romains. Une révolution dans les moeurs accompagna une révo- lution politique et elle a marqué de son empreinte toute la littérature romaine, qui naquit précisément alors. Pour plaire aux paysans de la Sabine, on ss mit à faire étalage de rusticité, et on affecta pour l'urbanité , pour le luxe et les arts un dédain que ne connurent jamais les patriciens de la ville de Rome. Les nobles originaires des petites vil- les conquises, comme Tusculum, Vélitres ou Formies, is- sus quelquefois de races royales ou mêmes divines, en de- venant citoyens romains entraient simplement dans la plèbe. Aussi M. Guizot, résumant en un seule phrase tout le système si vrai et si profond,de Niebuhr dit que la lutte des plébéiens contre les patriciens était la continuation de la guerre de conquête, l'effort de l'aristocratie des cités