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40G SOUVENIR DE POMPÉI.
peintures est si parfaite, d'un coloris si vif et si frais, que son application
paraît être d'hier; c'est là que l'art actuel pourrait puiser de l'émulation,
tant pour la délicatesse et le fini de l'œuvre que pour la richesse du colo-
ris ; les couleurs inaltérables dont se servaient les anciens n'ont pas été re-
trouvées ; j'ai remarqué une Diane chasseresse que nos maîtres d'aujour-
d'hui seraient heureux de signer; ailleurs des nudités qui établissent la
profonde différence de nos mœurs de celles de cette époque; au fond de
la cour est une fontaine jaillissante dans un bassin, le tout en pierre ou
marbre sculpté; puis immédiatement après, à un mètre environ au-dessus
du niveau de la cour, un petit jardin féerique semé de verdure et de
fleurs, entremêlés de petits sujets en marbre, quelques-uns en groupe,
représentant des femmes, des satyres, tous les dieux et demi-dieux de
l'Olympe. Cette esquisse rapide démontre assez que les anciens de celte
époque s'entendaient à se construire des nids au moins aussi bien que les
édiles d'aujourd'hui.
On remarque le forum, où les sénateurs venaient lire et dicter la loi au
peuple. Les arènes, l'amphithéâtre, où se livraient les combats de gladia-
teurs et où les condamnés étaient livrés aux bétes sauvages. Des temples Ã
divers dieux, parmi lesquels on distingue le temple d'Isis, où s'offraient les
sacrifices aux dieux ; là notre cicérone nous fit remarquer une porte dé-
robée par où les prêtres juifs faisaient passer, pour leur alimentation, les
quartiers des animaux offerts en sacrifice et qui étaient imposés au peuple
auquel on jetait la tête, les pieds, les tripes pour sa nourriture, les dieux
dédaignant ces choses. On voit aussi les bains publics ; c'est un grand
bassin où, sans distinction de sexe, chacun allait procéder à des soins de
propreté; à côté, une salle assez vaste dans laquelle existe un réchaud de
trois à quatre mètres de longueur empli de charbon de bois enflammé, le tout
recouvert d'une couche de lave qui a la propriété surprenante de conserver
jusqu'au charbon, que l'on distingue parfaitement ; c'est dans cette salle,
auprès de ce réchaud, que les baigneurs venaient s'habiller en sortant du
bain. Il y avait aussi des maisons dont l'usage était destiné à la promiscuité
des sexes ; elles étaient habitées par des femmes ou filles, et l'indication en
était ostensible au moyen de signes non équivoques sculptés en relief sur
la pierre au-dessus de la porte d'entrée ; ces sortes de sculptures se trou-
vent en beaucoup de lieux, dans l'intérieur de quelques maisons particu-
lières, quelquefois avec addition du sexe féminin ; des peintures aussi re-
présentent les mêmes sujets mythologiques.
Notre cicérone nous fit descendre dans la cave d'une maison dite de
Diomède; comme dans beaucoup d'autres, s'y trouvent encore des vases,
des urnes, qui contiennent des approvisionnements d'hydromel, d'huile, etc. ;
mais dans celle-ci on distingue parfaitement, contre les parois de la mu-
raille, l'empreinte de plusieurs corps de victimes de ce grand cataclysme ;
le premier de ces personnages, en avant, est une femme, ce dont on ne
peut douter par le contour des seins ; voici comment notre cicérone nous
expliqua ce fait : Le maître du logis était absent ; les habitants, fous de
terreur, perdirent la tête à la vue de cette marée de lave et de scories de
feu montant avee une rapidité telle que la fuite était impossible ; la maî-
tresse se sauva dans la cave, suivie par sa famille et ses serviteurs ; la lave
y pénétra aussitôt qu'eux, puisqu'elle les atteignit dans une posture mi-
couehée ; et les consuma en cendres; c'est une chose très-remarquable que
la conservation si parfaite de l'empreinte des corps de ces infortunées vic-
times au point de distinguer les sexes.
Une partie du cimetière est découverte. On sait que la crémation était
en usage et que les familles recueillaient les cendres des leurs dans des