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216                LA FONTAINE DU DIABLE.

gère ! appelez-moi donc toujours Madeleine, ou vous al-
lez me faire pleurer !,.
    En effet, la jeune fille prit son mouchoir, y cacha sa
jolie tête et sanglota malgré elle...
    — Aussi, Joseph , pourquoi causez-vous du chagrin à
ma mignonne ?... Elle a raison : vous devez vous souve-
nir que vous êtes frère et sœur !
    Madeleine se mit gentiment sur les genoux de sa nour-
 rice, comme lorsqu'elle était petite fille et qu'elle voulait
 se faire gâter, s'appuya sur l'épaule d'Yvonne, et, à tra-
 vers ses doigts effilés, elle regarda ce que pouvait pen-
 ser celui qui occupait déjà sa jeune âme.
    Mais le beau Joseph n'y tint pas : — Madeleine, dit-il
 avec tendresse, je suis désolé d'avoir fait couler vos lar-
 mes... Hélas ! vous devenez grande, et une énorme dis-
 tance nous sépare...
    — N'en croyez rien, Joseph ! Ah! je vous en conjure,
 laissez-moi penser que vous êtes comme autrefois, .
 l'époque si douce où vous aimiez votre jeune sœur, où
 vous le lui disiez souvent, où vous l'appeliez aussi votre
 petite femme... Ai-je oublié cela? Non! non! je m'en
 souviens toujours!
    Joseph pâlit davantage ; ses beaux yeux se fermèrent
  un instant, comme pour revoir an rêve caressé plus d'une
  fois... Soudain il tressaillit :
     — Puisque vous le voulez... puisque tu le yeux , Ma-
  deleine, je serai moins triste... mais, pour Dieu ! parions
 d'autre chose...
     Et souriante, câline, adorable, la jeune fille l'interro-
 gea en ces termes :
     — Mon frère Joseph, ne chantes-tu donc plus , dis-
 moi ? Tu sais que je raffole de tes poésies ; elles me pa-
 raissent les sons les plus harmonieux que mon oreille