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                          BIBLIOGRAPHIE.                        399

haricots; la chaîne du puits avait été posée; deux lits complets
étaient arrivés de Lyon !! et le bon abbé saisissait la bougie,
passait devant et, nous promenait à travers son vieux château.
Les souris couraient entre nos jambes, le vent s'engouffrait par
les fenêtres sans châssis et sans vitres, et l'abbé allait toujours.
Nous arrivions ainsi dans le jardin ; le grand bras portant la
bougie nous guidait jusqu'à l'endroit ensemencé dans la jour-
née, puis la bougie faisait un tour et nous conduisait au puits.
Arrivé là, l'abbé nous invitait à écouter, puis se penchant sur
la margelle, il jetait une pierre et prononçait vivement je ne
sais plus quelle phrase, avant que la pierre ne fût au fond du
puits. Ce petit exercice faisait le bonheur de l'abbé.
    Nous rentrions au château, toujours précédés de la bougie ;
on s'asseyait, l'abbé se mettait au piano, et chantait, avec grâce
et sans prétention, quelques vieux airs des temps passés, après
quoi, il nous proposait de souper?
    — Volontiers, monsieur l'abbé.
    Il restait enchanté et interdit. Avec quoi souper? L'abbé
n'avait ni cuisinière, ni domestique ; il faisait lui-même sa cui-
sine le lundi pour toute la semaine. Cependant il fallait souper;
quand on a invité les gens, il faut supporter les conséquences
de l'invitation ; nous riions tout bas.
    L'abbé allait à sa cuisine et rapportait un morceau de jambon
et un gros pain bis ; il repartait et allait ramasser au jardin de
grosses reines-claudes trop mûres, puis il allait à la cave et
rapportait un petit vin du pays, qui paraissait délicieux avec le
jambon un peu rance.
    Après le souper on causait. L'abbé contait à ravir des histoi-
res de son enfance ou de sa jeunesse : Quand j'étais dans les
 dragons         Minuit nous trouvait là, et il fallait que l'abbé
 nous mît positivement à la porte pour que nous redescendions
 au camp ; souvent il nous reconduisait jusqu'à la première sen-
 tinelle avancée : Qui vive?
    Je me souviens surtout d'une de ces bonnes soirées. Cette
 fois l'abbé s'était mis en frais. Il avait fait des cérémonies au
 point de revĂŞtir sa belle soutane. Dans un coin du salon, sur