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400 BIBLIOGRAPHIE.
une table couverte d'une nappe bien blanche, il y avait d'énor-
mes gâteaux, des verres de toutes les grandeurs, et un gros
bouquet de fleurs magnifiques. J'ai un vague souvenir que
c'était ce jour-là la fête patronale de Sathonay. Voilà qui expli-
que les cérémonies de l'abbé. Le brave et excellent colonel
Broulta, tué quelques mois après à Solferino ; sa femme, morte
de chagrin peu de temps après lui ; le lieutenant-colonel Abat-
tuci et sa femme étaient au nombre des invités. Mme Abattuci
chanta si bien un grand morceau de la Lucia, que l'abbé,ne
voulut pas chanter après elle ; il nous fit voir les marionnettes
pour nous consoler. Hélas ! il y a de cela onze ans, et il me
semble que c'était hier.
L'œuvre de l'abbé Faivre, en faveur des petites filles de sol-
dats, était alors à son début. Il faut avoir vu de près toutes les
difficultés de l'entreprise pour se faire une idée exacte du carac-
tère et de la charité de l'aumônier.
A deux kilomètres du camp, sur une hauteur et entouré
de bois de tous côtés, s'élève le château de Sathonay. Pour se
rendre du camp au château, il faut descendre dans un ravin
profond, puis remonter une espèce de rampe coupée par les
postes avancés. Arrivé sur la hauteur, vous trouvez une place,
vous traversez une voûte, un pont, une grande cour, et vous
entrez au château. Il y a douze ans, c'était une véritable ruine
que le château de Sathonay. L'aumĂ´nier du camp y avait Ă
grand'peine trouvé une pièce habitable. Cependant il avait fini
par s'y installer ; chaque jour il descendait au camp, puis re-
montait avec plaisir dans son vieux castel.
En se promenant dans les jardins tout remplis de ronces,
l'abbé se disait qu'il y avait là de bon terrain perdu ; que le
château restauré abriterait facilement des centaines d'enfants.
En regardant à ses pieds, l'abbé voyait les barraques du camp,
les régiments manœuvrant. Les baïonnettes brillaient au soleil,
les épaulettes étincelaient. Pendant les poses, la cantinière cir-
culait entre les faisceaux, son petit baril au côté. Que font les
enfants de la cantinière pendant qu'elle gagne là leur pain? se
demandait l'abbé. Et que deviennent les filles quand la mère