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               F0UHV1ÈRE E l LA NOUVELLE ÉGLISE.                 397
   « De la contemplation muette d'un chef-d'œuvre, il ne peut
  surgir que de salutaires pensées et de généreuses résolutions. »
     On peut aimer les arts et ne pas adopter ce qu'il y a d'absolu
  dans cette formule. Sans doute, l'art émane quelquefois d'une
  idée religieuse, et son influence alors peut être salutaire ; mais
 l'idée religieuse n'est jamais le produit d'une œuvre d'art ; pen-
 ser autrement, ce serait prendre l'effet pour la cause et réduire-
 la religion à des émotions passagères, produisant des pensées
 et nullement des résolutions.
     Oui l'architecture sans nom de ces vieilles églises nous émeut,
 non parce qu'elle est décrépite et discordante, mais parce que
 sous les nefs boiteuses se sont opérés des miracles et que sur les
 dalles moisies et usées se sont agenouillés nos pères. Dans un
 siècle, dit-on, la nouvelle église aura aussi ses légendes et ses
 merveilleuses histoires. Des légendes, non à coup sûr, on n'en
fabrique pas à volonté ; quant aux merveilles de la protection
 d'vine, nous espérons bien qu'elles ne nous feront pas défaut,
 mais nous préférons un passé certain à un avenir problématique.
    Et les ex-voto ? témoignages naïfs et sublimes de la foi et de la
reconnaissance, sublimes à cause de leur trivialité ; on les relé-
guera dans une chapelle à part, et cette exclusion est une consé-
quence de la pensée artistique qui domine le projet. Dans un
monument correct, fini, complet, il ne peut y avoir place pour
de médiocres peintures, ce serait une faute grave pour un édifice
conçu et exécuté d'un seul jet, où rien n'excuse de pareilles
antithèses. L'église étant un chef-d'œuvre, on ne doit y expo-
ser que des chefs-d'œuvre. Tant pis pour ceux qui ne peuvent
les payer. De même, on ne devra prier que dans un langage
approuvé par l'Académie et chanter selon les meilleures métho-
des. Si l'on proscrit les enluminures, pourquoi tolérer le prédi-
cateur, dont la voix est nazillarde ou le prêtre qui détonne à la
préface?                            L. MOREL DE VOLÊINE.

   NOTA. — Ces lignes sont extraites d'une brochure publiée en
1866. La brochure publiée en dehors de la Revue a disparu
sans laisser de traces; il ne s'agit pas d'une opinion isolée pour
laquelle je n'aurais pas élevé la voix, mais d'une opinion collec-
tive de vieux Lyonnois, et l'insertion de ces fragments dans la,
Berne, qui reste comme collection historique, prouvera qu'un
assentiment unanime n'était pas acquis aux nouveaux projets.