page suivante »
258 £8 POÉSIE.
DAME ROSALIE
Asseyez-vous ici, vous en jouirez mieux ;
Sur ce banc, qu'un figuier de sa jeune verdure
Protège.
LE PEINTRE
Oui, c'est ainsi qu'il faut voir la nature.
Elle a sur ces hauteurs plus de sérénité,
Et parle mieux au cœur dans sa simplicité.
Je suis peintre, et les bois, les monts, les précipices,
Revivent sur ma toile en légères esquisses ;
Mon fidèle pinceau, trempé de leurs couleurs,
Sur ce pâle dessin fait éclore des fleurs ;
Du sommet des rochers épanche les eaux folles,
' Les resserre plus bas en utiles rigoles,
Et, pour les citronniers creusant des réservoirs,
Aux femmes du coteau ménage des lavoirs.
Ma libre fantaisie interprète et fait vivre
Tout ce que l'œil déchiffre aux pages du grand livre.
Si le peintre, et c'est là que triomphe son art,
Dans un pli du terrain découvre par hasard
Un vieux toit, seul abri de l'indigence honnête,
La tuile sous ses doigts va prendre un air de fête ;
Que dis-je ? si le ciel, afin de le charmer,
Montre à ses yeux ravis celle qu'il doit aimer,
Aussitôt il la peint, mais d'une main brûlante,
Pour abréger ainsi l'heure à son gré trop lente,
Pour revoir, pour baiser à toute heure du jour
Cette image qui sert et nourrit son amour.'
Voyez donc ce croquis.
DAME ROSALIE
Mais c'est notre village !
Voici, Dieu me pardonne ! au milieu du feuillage,
Le figuier, la terrasse et le toit; oui vraiment.
Et combien tout cela sur la toile est charmant!
Ainsi donc en châteaux vous changez nos masures !