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326 SALLUSTE
Quintilien répète le jugement de Paterculus (1). Selon
Tacite, Salluste est le plus illustre des historiens de
Rome (2). Martial va plus loin encore et élève Salluste au-
dessus de toute comparaison (3).
Mais nous ne devons point nous borner à ces témoignages,
il faut justifier notre estime d'une autre manière. Commen-
çons par le côté philosophique de ses histoires. Si Salluste,
dans sa vie publique, fut un homme dépourvu de principes
honnêtes, si, dans sa conduite privée, il se montra vil épi-
curien, ses écrits n'ont point gardé la trace de ce libertinage
de pensée et d'action. Aucun philosophe ancien n'a laissé
du spiritualisme une profession de foi plus nette et plus
franche que ce qu'on lit au début de la Conjuralion de
Calilina; écoutons-la : « Pour tout homme dont l'idéal
s'élève au-dessus de la vie bestiale, il est une tâche digne
de tous ses efforts, celle de ne pas vivre ignoré, de se dis-
tinguer des animaux que la nature a courbés vers la terre et
faits esclaves de leur ventre. La puissance complète de
l'homme réside dans l'âme unie au corps. L'office de l'âme
est de commander, celui du corps de servir. L'âme nous est
commune avec les dieux, le corps avec les bêtes. » Ne pas-
sons pas non plus sous silence cette sentence sublime que
recèle la première lettre à César : « Moi, j'ai la conviction
qu'un regard divin se fixe sur la vie des mortels, que compte
est tenu des bonnes et des mauvaises actions, et que, pour
les bons comme pour les méchants, le salaire suit les
œuvres. Tardive est quelquefois cette rétribution, mais son
(1) Lib. II, c. v.
(2) Sallustins rerum Romanarum florentissimus auctor. (Annal,
lib. III, c. xxx.)
(3) Primus Romana Crispus in historia. (Epigr., lib. xiv.)