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12                LES BIBLIOTHÈQUES DE LYON

marges que possible. Il n'hésitait pas à changer ses exem-
plaires chaque fois que l'occasion se présentait de les avoir
plus beaux. Les livres les plus récents étaient également
l'objet d'un choix sévère et étaient reliés avec soin, sans
être rognés, par Bruyère ou par Prudhomme, deux artistes
lyonnais, qui rivalisaient alors avec Thouvenin, Thomson
etKœhler, de Paris. Les livres de travail ou de renseigne-
ments, dont l'état intérieur était satisfaisant, mais dont la
vieille enveloppe avait trop souffert, étaient, la marge tou-
jours respectée, simplement recouverts en basane mar-
brée, imitant les bonnes reliures en veau, bien conservées,
du dernier siècle, parure correcte que l'on réussissait par-
ticulièrement à Lyon, il y a quelques années, et dont le
secret de bonne main-d'œuvre semble aujourd'hui perdu.
   P. Rostain, ancien notaire, était un véritable érudit,
d'une rare modestie. Il appartenait à cette pléiade de
savants dont Lyon s'honore à juste titre, phalange qui a
commencé par Mercier, abbé de Saint-Léger , et s'est
continuée par Cochard, Breghot du Lut, Pericaud, Col-
lombet, etc. D'une complaisance sans bornes, il fournis-
sait des notes et des renseignements inappréciables à qui
voulait le consulter. L.-D. Payen, si connu par ses travaux
sur Montaigne , lui devait maints éclaircissements et
bon nombre de découvertes sur son auteur favori.
M. Octave Delpierre, de Londres, ne publiait pas un livre
sans avoir recours à ses vastes lumières. M. Pericaud sou-
mettait d'avance ses travaux littéraires à sa critique, tou-
jours sûre et bienveillante. M. Randin, plus favorisé de la
fortune, se passionnait pour les livres rares et recherchés.
M. Rostain, plus limité dans ses ressources pécuniaires,
 se contentait de livres moins connus, mais peut-être plus
 utiles, dans lesquels il découvrait toujours quelque parti-
 cularité littéraire ignorée. C'était un fouilleur intrépide,