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LUS SARRASINS DANS LE LYONNAIS. 387
savent pas, mais les gens de la campagne le savent, et c'est
d'eux que nous l'avons appris.
Plus haut que la vieille ville gauloise, assise entre le
premier confluent de ses deux fleuves; plus haut, que le
faubourg moderne de la Croix-Bousse, qui n'existait pas
alors, la montagne allongée que le Rhône et la Saône
entourent perd de sa largeur; on dirait que les deux fleuves
amoureux, impatients de s'embrasser, ont fait un effort pour
s'unir avant d'avoir à baigner les murs de la ville; en cet
endroit fut jadis une villa romaine ; aujourd'hui un riche
et gracieux village y répand ses maisons. Un double chemin
descend d'un côté au Rhône, de l'autre à la Saône; leMont-
d'Or s'étend vis-à -vis, comme un rideau. On a nymmé
Galuire, c'est là que s'élevait le drapeau du croissant.
Le camp arabe, gourbis ou tentes, était là , en effet, dans
une admirable position, non loin des rivières, à l'abri de
toute insulte, dominant l'espace, et prêt à s'envoler au rapide
galop de ses coursiers si un danger sérieux l'eût menacé. Un
conquérant voulant garder Lyon avec une poignée de soldats,
, ne pourrait choisir un meilleur emplacement; et, en effet,
aujourd'hui môme, c'est non loin de Galuire que le gouver-
nement français a établi Se camp qui lui répond de la cité,
sur l'emplacement où jadis Albin avait campé ses légions.
Romains, Français, Arabes, peuples au génie militaire,
ont compris que Galuire est la clef de la ville ; la topographie
n'a pas changé, le secret est resté le même; c'est toujours
delà qu'on dominera Lyon.
Nous n'avons pas de preuves écrites de ce que nous
avançons, mais le mamelon escarpé qui domine la campagne
des Brosses, au levant de Galuire, s'appelle la butte des
Sarrasins ; le chemin qui descend au Rhône à (ravers les
Brosses s'appelle la voie des Sarrasins, Ã une faible distance
de là , au nord-est, se trouve la ferme des Sarrasins.