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ses objections et lui enverrait sa réponse. L'archevêque réunit
immédiatement son bureau diocésain, et, sans consulter le
Chapitre, décréta plusieurs innovations importantes, dont la
principale était l'impression des livres sacrés. Ainsi commen-
ça une longue querelle théologique, que je ne puis avoir la
prétention de raconter bien loin de pouvoir la jugers qui
agita tout le diocèse et dont le souvenir vit encore, au bout
d'un siècle, dans le cœur de notre clergé. Pour atteindre mon
but qui est de prouver l'indépendance du Chapitre en face de
l'archevêque, il me suffira de dire que, pendant tout I'épisco-
pat de M. de Montazet (2), c'est-à -dire pendant trente années,
les chanoines ne cédèrent pas, qu'ils poussèrent l'audace jus-
qu'à supprimer un mandement de l'archevêque, et jusqu'Ã
mépriser sa menace d'employer contre eux l'autorité attachée
par Jésus-Christ, à son ministère, que l'intervention des évoques
de la province, celle du cardinal de La Roche-Aymon, grand
aumônier de France, celle du roi lui-même demeurèrent
inutiles et qu'enfin , après une réunion solennelle (2), où
l'archevêque et l'un des chanoines (3) discutèrent et soutin-
rent publiquement leurs droits, le Chapitre en appela comme
d'abus et prétendit ne dépendre que du Saint-Siège. Cepen--
dant, malgré tant de rivalités, malgré une querelle si durable
et si vive, ni les chanoines , ni l'archevêque ne sortirent de
la ligne de leur devoir. Le Chapitre et l'archevêque combatti-
rent sans que la paix de l'Eglise fût troublée, et après trente
ans de guerre intestine , le haut clergé de Lyon devait se
retrouver complètement fort et uni contre les attaques de la
révolution.
Le comte DE PONCINS.
La suite au prochain numéro.
(1) M. de Montazet mourut en 1788.
(2) 13 août 1713.
(3) L'abbé de Poix, comte de Lyon, précenteur de l'Eglise de Lyon.