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388 LES SARRASINS DANS LE LYONNAIS.
Les Arabes et les Bérébères envahirent la Burgondie, et,
avides de conquêtes, fidèles à leur mission de convertir le
monde, ils se dirigèrent vers le nord à la recherche des
soldats de Charles-Martel. L'armée des Francs vaincue,
l'Europe appartenait au croissant, c'en était fait de la chré-
tienté, et le rêve des Musulmans de rentrer dans leur patrie
par Conslanlinople s'accomplissait ; mais avant de rencontrer
les fiers soldats de TAustrasie, les Arabes trouvèrent un
ennemi bien plus puissant que les Francs, plus terrible que
ces géants couverts de fer qui les avaient vaincus à Poitiers,
ennemi dont les historiens n'ont jamais parlé, qui arrêta leur
élan, brisa leur vigueur, dompta leur courage et méritait
cependant d'être signalé pour avoir, mieux que la massue de
Martel, protégé le sol gaulois contre la nuée de ses envahis-
seurs.
Lorsque le peuple de Dieu prévariquait, lorsqu'il épousait
des femmes infidèles et encensait les idoles, l'esprit divin
se retirait de lui, ses chefs étaient frappés d'aveuglement, et
il était livré sans pitié à la fureur des Amalécites et des Philis-
tins. Lorsque les enfants du Prophète eurent prévariqué Ã
leur tour, lorsque la loi la plus formelle du livre sacré eut été
violée dans les caves profondes de la Bourgogne, que le vin
eut coulé dans leurs festins, que les tables n'eurent plus
horreur de se charger des viandes impures et maudites de la
Séquanie, que les lèvres des vrais croyants eurent savouré la
chair immonde des porcs du pays des Eduens, c'en fut fait
du fanatisme guerrier des conquérants; la gloire du croissant
s'éclipsa, l'amour du prosélytisme s'éteignit. Ne cherchez pas
ailleurs la cause de la défaite des Arabes; la foi n'y était plus;
leur élan incertain ne put emporter la citadelle d'Auxerre,
et il vint mourir contre les faibles remparts de la ville de Sens.
Alors, des bruits sinistres circulèrent au milieu des tribus.
La jalousie qui avait toujours régné entre les Asiatiques et les