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                             AD XIIe SI                     199

 quoi l'attribuer? Ne serait-ce pas aux habiletés paternelles
 autant qu'à une politique sans scrupules ? Au milieu des
 éloges qu'il lui décerne, Pierre-le-Vénérable le blâme de
son ambition. Cette ambition, en certaines occasions ne dé-
généra-t-elle point en cupidité? Les grands barons de ce
siècle, ces héros bardés de fer et de foi, les vrais chevaliers
des Croisades, ne restaient pas chez eux à entasser domaines
sur domaines. On sait où ils allaient combattre, pourquoi et
comment ils mouraient. Ils ne s'enrichissaient pas nus dé-
pens des serviteurs de Dieu, des fanatiques de la Croix. Mais
à côté de ces preux il y avait une race de seigneurs, aussi
braves peut-être, mais plus habiles; reoins fervents, mais
plus politiques. Ceux-là se moquant de la folle générosité
des autres se sont élevés sur leurs ruines. Guichard fut des
politiques. Il n'est dit nulle part que dans le cours d'une
longue vie, au plus fort des Croisades, il ait été jamais pris
de la sainte et héroïque folie de son siècle.
   Ces observations faites , on doit reconnaître que son
alliance, ses entreprises, ses succès en tout genre, voire
même comme poète, ne peuvent s'expliquer que par des qua-
lités peu communes. Sans tomber dans l'apothéose, il serait
injuste de lui refuser une intelligence supérieure aidée par
une volonté puissante.
    La faveur royale ne fut pour rien dans sa fortune et cela se
conçoit aisément.
    Guy de Rochefort, père de Luciane avait été un des barons
les plus remuants des environs de Paris; il avait contribué
pour sa part à faire blanchir les cheveux du vieux Philippe 1er.
Il était revenu de Jérusalem avec de grandes richesses (1), au
rebours des autres qui s'y étaient ruinés. À son retour, Louis
lui avait rendu la sénéchaussée, charge qu'il exerçait avant

  (1) Henri Martin, Hist. de France, t. III, p . 210.