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                      ET DE LA SOCIÉTÉ.                      383

menées, plus les grains comestibles ont été abondants,
plus la culture des champs a rendu les hommes sédentaires,
et les a par conséquent policés à demi. C'est l'agriculture
qui a donné naissance à la propriété. Le premier qui a pris
la peine de défricher un champ et de l'ensemencer, s'est ac-
quis un droit sacré sur ce champ et sur les moissons qui
ondulaient à sa surface; avec l'agriculture sont nés les mé-
tiers et tous les arts utiles. La subsistance des cultivateurs
étant toujours assurée, leur manière de vivre étant plus
paisible et moins inquiète, ils ont eu le temps d'inventer et
de perfectionner leurs instruments de travail, ils ont eu du
loisir pour penser et pour réfléchir.
   Les chasseurs, au contraire, avec leur vie errante, avec l'in-
certitude où ils étaient sur leur subsistance d'un jour à l'autre,
devaient craindre la réunion et la multiplication de leurs
semblables ; ils devaient regarder cette multiplication comme
une calamité, parce que le gibier se dépeuple dans tous les
pays du monde à proportion que le nombre d'hommes s'ac-
croît. Leur amour pour les solitudes les éloignait à chaque
pas de la vie sociale; s'il leur arrivait de construire une
hûte, c'était plutôt pour s'y abriter dans l'occasion, que pour
y établir leur logement, leur demeure fixe ; plus leur esprit
était occupé des moyens de subsister, moins ils songeaient
à se policer.
   C'est donc, à n'en pas douter, la réunion des familles
agricoles qui a donné naissance à la société, et non la ré-
union des hommes chasseurs qui n'étaient après tout que
de véritables sauvages, sans liens de famille, n'ayant rien à
conserver, tandis que les laboureurs et les pasteurs, deve-
nus propriétaires par le travail, devaient se mettre en mesure
de garder et défendre par tous les moyens possibles les
choses venues en leur possession. Dans les premiers âges
du monde la force brutale ne pouvait pas plus qu'elle ne