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384 DE L'HOMME peut aujourd'hui. Aux temps anciens comme aux temps mo- dernes, c'est la force de l'intelligence qui a tout fait : or, cette puissance était bien certainement le partage des labou- reurs dont la vie s'écoulait au milieu des plaines que leurs robustes bras avaient rendues fécondes, pendant qu'elle était absolument étrangère aux hommes chasseurs dont l'existence se passait oisivement au fond des bois ou sur le sommet des arides montagnes. Si le besoin de se procurer leur nour- riture a pu faire trouver aux hommes chasseurs l'invention de l'arc et de la flèche, il est permis de croire que ces armes n'étaient pas d'un travail moins grossier que leur génie, et que leur emploi n'a pas dû conduire à l'asservis- sement des agriculteurs, hommes d'industrie et d'habileté, qui, dès les premières générations, connurent l'usage des métaux et l'art de forger le fer. Mais si Linguet a prétendu s'amuser en disant que Y étal de laboureur et de berger devint même, avant la seconde gé- nération, un étal de servitude ; s'il a voulu se divertir en avançant que les inventeurs de l'arc et de la flèche, au lieu de se fatiguer à la chasse des bêtes sauvages, trouvèrent plus simple d'aller à la chasse des hommes qui savaient les ap- privoiser, qu'ils en rassemblèrent autant qu'il leur fut pos- sible, qu'ils firent de ces hommes une autre espèce de propriété, et que, pour mieux assurer leur dégradation, ils leur in- terdirent l'usage des armes ; s'il a voulu plaisanter en ajoutant que cette opération, réitérée dans tous les lieux où se trou- vaient des créatures humaines, occasionna différentes peupla- des, des colonies plus ou moins considérables, où le grand nombre continua d'être subordonné au petit, où la force se conserva le droit de dévorer le fruit des travaux de la faiblesse; si donc le spirituel avocat n'a pas écrit sérieu- sement toutes ces choses, comment décider lesquels des hommes chasseurs ou des hommes de travail sont devenus es-