page suivante »
382 DE L'HOMME
mes chasseurs, dit encore notre célèbre avocat, virent aus-
sitôt qu'il était de leur intérêt d'en prévenir une seconde
qui retombât sur eux, ils sentirent qu'il fallait proscrire
toute usurpation nouvelle qui aurait pu contredire l'ancienne
et la détruire. Pour y réussir, ils furent d'avis de n'autoriser
que les brigandages qui se feraient en commun, et de pu-
nir sévèrement ceux qu'on oserait se permettre en particulier.
Voilà en peu de mots la tige de toutes les lois humaines:
c'est d'elle que dérivent toutes les constitutions imaginables;
elle a, dans la suite, dirigé les démarches de tous les po-
litiques, de tous les fondateurs de gouvernements et d'em-
pires. »
Ainsi, selon Linguet, la société serait l'ouvrage d'une
réunion de malfaiteurs, lesquels, une fois maîtres des pro-
priétés des laboureurs et des pasteurs, auraient jugé à pro-
pos de faire des lois pour consolider leurs usurpations. Une
opinion pareille est assurément fort singulière; mais on sait
que Linguet, homme d'une très grande puissance de raison-
nement, a eu le malheur, dans la plupart de ses ouvrages,
de n'employer sa logique et ses talents, qu'à présenter et
soutenir les paradoxes les plus étranges.
IX.
Non, la société n'a pas eu l'origine que Linguet s'est mis en
tète de lui assigner. C'est l'agriculture qui a conduit les hom-
mes par la main, de degrés en degrés, de la vie agreste à la
vie sociale. Plus les terres ont été propres à recevoir des se-