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302 LA FONTAINE BU DIABLE. réaliser... raison de plus pour çu'elle dût éclore dans le cerveau de ces Anglo-Saxons, pleins d'humour". Henri II était rentré sous le toit du sénéchal, lorsqu'on lui annonça la visite d'un jeune homme, — Ah ! c'est mon poète, dit-il, avec plaisir. Et tendant sa belle main royale à Joseph, le prince l'invita à s'asseoir en face de lui. — Avez-vous réfléchi à ma demande, monsieur, dit le roi, voulez-vous accepter, à la cour, la place de premier secrétaire, que je vous offre avec empressement ? — Sire, je prie Votre Majesté de recevoir l'expression de ma gratitude, mais je ne puis me décider à quitter mon pays. — Votre pays, c'est la France, jeune homme, et Paris est le cœur de la France ! — Oui, sire, mais il y a aussi le Dauphiné, il y a ma ville natale, et je veux chanter, vivre et mourir soas leur ciel! — Vous êtes toujours poète !.. j'aurai bien de la peine à lutter contre vos sentiments délicats. Mais la capitale ne parvient donc pas à vous éblouir ? — Sire, je ne suis qu'un chanteur... comment rêver au bruit de 'a foule ou dans les fêtes de votre somptueuse cour?.. J'eusse travaillé avec joie pour Votre Majesté, mais elienevoudrait pas exiger l'immolation de mes goûts les plus chers : l'amour de la campagne, de la solitude, de la rêverie... — Et peut-être un autre amour? ajouta le roi en sou- riant. Joseph pâlit un peu, ne voulant pas révéler son secret. A Paris, continua-t-il, qui me rendrait mes bords du Rhône, mes iles ombreuses, mes chants d'oiseaux, ma vallée des Beaumes, mon insouciance de poète ?..