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220 LÀ FONTAINE DO DIABLE.
sent, tu es devenu mon filleul, par conséquent, tu dois
m'obéir.
Cette somme est moitié pour tes vêtements nouveaux,
moitié pour acheter une jolie robe à Yvonne et une
veste à ton père. Porte-leur cela de ma part; dis-leur
que j'irai, un de ces jours, goûter le lait de leur chèvre,
avant de visiter la fontaine du Diable. Il n'y avait plus
moyen de refuser ; voilà donc la bourse, ma mère ; je
suis heureux de te l'offrir.
Le bon Pierre revenait des champs, Madeleine s'é-
lança vers son père nourricier, mit sa main délicate dans
la rude main noire du brave homme : — Je vous em-
brasse enfin, dit-elle, il est si difficile de vous rencontrer,
mon vaillant travailleur.
— Vous êtes le sourire de notre chaumière, mamzelle,
s'écria-t-il avec émotion, et vous aussi, Joseph, mon cher
fils!
André raconta de nouveau son histoire. On fit mille
projets d'avenir; on voyait Paris en perspective; mais
Pierre déclara qu'il ne quitterait jamais sa maisonnette
et le Dauphiné, son pays.
— Vous avez raison, mon père, dit Joseph, rien n'est
beau en France comme notre province. Vous autres,
hommes des champs, vous êtes plus près de la nature et
vous la comprenez mieux ; vous avez cet amour si saint
et si doux pour le sol qui vous a vus naître, cet amour
que je ressens fortement aussi et que je conserverai
jusqu'Ã la mort.
III
L'habitation du comte de Faventines, située dans le
quartier de ce nom, était très-belle et d'apparence anti-