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20H LA FONTAINE BU DIABLE.
— Ce qu'il fait est déjà très-gentil, pour n'avoir reçu
aucune leçon... Mais quelle est cette image? Vraiment,
on peut la reconnaître... c'est Madeleine de Faventines,
je creis ?..
— Oui, madame, c'est sa sœur de lait... il a tracé ce
portrait de souvenir, pour la fête de mademoiselle, qui
doit avoir lieu le 22 de ce mois.
— Mais j'y songe, dit la duchesse vivement... il faudra
que je m'occupe d'André... Il y a des indices de talent
dans son travail. Mon Dieu ! si je le plaçais un jour, Ã
Paris, chez notre grand sculpteur Jean Goujon ?
— Ah ! madame, dit Yvonne, me séparer de mon en-
fant !
— Pourtant, si c'était dans son intérêt?.. Que dit-il,
lui, de ce projet-là ? Voyons un peu.
Les yeux de la duchesse rencontrèrent ceux du jeune
André fixés sur elle avec enthousiasme, avec une expres-
sion extatique. L'artiste se révélait dans ce regard ; il
n'osait pas parler, mais son œil noir parlait pour lui.
Yvonne avait des larmes plein les yeux ; toutefois, il
y avait aussi, dans ses appréhensions, comme une sorte
d'orgueil maternel. André s'en aperçut et lui jeta ses
bras autour du cou :
— Ne pleure pas, ma bonne mère, dit-il, en lui don-
nant de gros baisers. Ton André t'aime avant toutes
choses, mais il serait si joyeux de devenir sculpteur ! Et
quand tu verrais dans notre église une belle statue de la
sainte Vierge faite par moi, comme tu serais fière, n'est-ce
pas ? Je travaillerais pour tes vieux jours, et je ne vous
oublierais jamais à Paris, toi et le père!
Qu'il était gentil, le blondin, dans ses naïves supplica-
tions ? Tout à coup il se mit à genoux devant la duchesse :
— Madame, dit-il avec une ferveur touchante, ouvrez-