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                   LA FONTAINE DU DIABLE.               203

    — Eh bien ! sois notre guide , car nous nous fions à
 toi, mon angelet.
    André le blondin examina cette machine inconnue,mon-
 ta sur le siège, à côté du cocher, et, avecla hardiesse de
 son âge, prit, de ses petites mains brunes, les rênes des
 chevaux; bientôt on fut en présence de sa cabane.
    — Mère, cria le jeune garçon , je t'amène une grande
 dame, comme je n'en ai jamais vue, tant elle est belle !..
    — Soyez la bienvenue, madame, dit une paysanne à la
douce voix, et avec plus de politesse que l'on n'en eût
attendu d'une campagnarde : Veuillez entrer, vous pren-
drez un cordial, vous vous reposerez longtemps, et vous
laisserez passer la tempête.
   La belle dame descendit de voiture , ayant avec elle
une personne de distinction qu'elle appelait : mon amie.
   — Je vous remercie de tout cœur, ma bonne femme,
de votre hospitalité ; vous voyez que je l'accepte avec
empressement. Mais où suis-je donc?.., je crois rêver...
ne portez-vous pas la coiffe bretonne !
   —Oh ! si, madame; c'est, qu'en effet, je suis des envi-
rons de Saint-Malo ; j'étais venue en Dauphiné avec la
première femme de M. le comte de Faventines, à qui
j'étais très-dévouée, ayant été élevée dans son château
natal. Elle me maria auprès d'elle ; je fus la nourrice de
son enfant. Mademoiselle Madeleine est la noble soeur de
lait de mon fils.
   — Et elle est bien jolie, allez ! mais moins que vous,
 pourtant, madame, dit André, en joignant les mains...
    — Petit courtisan naïf!... Ah ! je connais la famille de
 Faventines ; j'admire comme toi ie gracieux visage de
 la fille aînée du comte. Je suis bien aise d'être venue
 chez d'aussi braves gens, car j'ai entendu faire l'éloge de
 la jeune comtesse, trop tôt descendue dans la tombe, et