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82 LE CHATEAU DE CARILLAN.
frappée de la vivacité que j'y mettais, de la perplexité que
j'avais laissé voir, elle les avait écoutées avec le plus grand
étonnemenl :
—D'où vient donc l'amour de M. Leroy pour Carillan? me
demanda-l-elle.
Cette question me jeta dans le plus grand embarras. Je
ne voulais pas intéresser outre mesure Rose à mon ami, non
plus que m'opposer à une sympathie entre eux, si elle devait
naître. Dans l'état moral où Julien se trouvait alors, son
indifférence pouvait briser le cœur d'une femme qui se pren-
drait à l'aimer. Les dispositions de ma sœur me semblaient
telles que je commençai à redouter pour elle ce malheur.
J'étais donc résolu à rre pas attirer davantage son intérêt sur
Julien et à ne pas répondre, par exemple, à ce qu'elle me
demandait. Elle renouvela sa question.
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— Bah ! lui dis-je, un paysagiste...
— Eh! Tu crains beaucoup qu'il prenne un croquis de
Carillan?.. Pourquoi l'en détourner ?.. Pourquoi tiens-tu
tellement à ce que la voiture n'y passe pas?..
— Les chemins sont horribles...
— Edouard, pourquoi me tromper?.. Je veux tout savoir!
— Je t'en prie, n'insiste pas!
Rose me quitta brusquement.
Le soir, je me trouvais avec elle chez M. Laval et je lui
disputais la conversation de Marguerite. Tout à coup, jetant
un regard clair et ferme sur moi, comme pour m'expliquer
son intention, Rose dit à M. Laval.
— Qu'est-ce que c'est que Carillan?
Je me jetai au devant de la réponse du notaire et détournai
la conversation ; mais ce stratagème, qui ne pouvait réussir
qu'une fois, augmentait la curiosité de ma sœur. Jedusdonc
céder. M. Laval expliqua ce qu'il savait de Carillan et il en
savait beaucoup trop.