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372 ÉLOGE DE M. DE CHANTELAUZE.
L'Académie avait, en 1826, protesté en faveur de la presse
contre une loi dont les entraves semblaient lourdes aux
habitudes libérales du temps, et elle venait offrir son appui a
l'auteur du rapport sur la presse. Elle avait lutté contre un
ministre puissant, elle tendait les mains a un ministre captif.
Ainsi, les foyers où s'allume l'intelligence sont aussi ceux
où se réchauffent les cœurs. Les grandes compagnies lit-
téraires témoignent autant de sympathies pour les nobles
adversités que la foule prostitue d'adorations aux plus
scandaleuses fortunes.
Ce fut l'histoire de tous les temps. L'Académie française,
sous la Restauration, ouvrait ses portes aux amis délaissés
de l'Empire. Quand elle crut les études philosophiques me-
nacées, elle acclama Royer-Collard, et dans les jours de
péril de l'Eglise, elle vient de couronner la religion et l'é-
loquence sous la robe de saint Dominique.
Cet éclatant témoignage fut un appui pour le défenseur,
une consolation pour l'accusé. Il lui semblait que vous étiez
derrière lui, et moi, je croyais vous voir a mes côtés.
Les audiences s'ouvrirent. Jamais plus haut débat ne s'é-
tait vu soumis a l'appréciation des hommes. Tout était grand,
les principes comme les faits. Il fallait creuser jusqu'aux
plus intimes origines de la société et mettre à nu ses plus
mystérieux fondements. Les sources et les conditions du
pouvoir, les limites des devoirs de la fidélité et des droits
de la résistance, le pouvoir constituant ou les conflits par-
lementaires, la dictature ou l'impuissance sociale, la terrible
constitutionnels. Nobles Pairs, l'Académie de Lyon donna, dans d'autres
temps, des preuves de son dévoûment aux libertés publiques ; elle ose es-
pérer aujourd'hui que le témoignage d'intérêt qu'elle donne à un homme
qui mérita toute son estime, sera de quelque poids aux yeux de la noble
Cour qui doit le juger. »
(Histoire de l'Académie de Lyon, par M. Dumas, t. n, p. 188).